Le coq des bruyères hebdo... suite
N°81 année 2008
A NOS LECTRICES ET LECTEURS…

Le Coq se met au vert pendant le mois d’août, histoire de recharger les batteries. Les plus acharnées de nos groupies pourront nous trouver entre l’Ile Rousse et Bastia, sous des chapeaux ridicules ou dans des canoés à dix euros, avec une glace à la main et une clope dans l’autre, les mollets poilus flottant dans l’eau bleue, et se racontant des histoires de pets. Toute l’équipe traînera ses tongues là-bas pendant l’été, à l’exception de Guylaine Marie qui se fait sauter à Marrakech par une secte de milliardaires ambidextres. On s’en fout, il y aura bien d’autres gouines dyslexiques sur le pourtour méditerranéen. Au cours de ces vacances, nous n’écrirons rien. Ainsi, la rentrée littéraire se trouvera-t-elle soulagée de quelques merdes, merci de nous remercier. Néanmoins, il n’est pas interdit de nous téléphoner ou de nous envoyer des mails, car le contact humain est chez nous comme une seconde nature. Dans ce monde atomisé où chacun s’évase le cul dans son canapé pour se goinfrer d’excréments télégéniques, on aime à se tendre la main, les lèvres, les joues, et tout ce qui peut nous éviter l’isolement. Un bisou sur un texto, c’est déjà le commencement de l’Eldorado. Bonnes vac’s !
PATOUNET et Cie.

ET VIVE LA SUCE !!!

arte du Tour de France

A l'unanmité moins une voix, les AUTEURS REUNIS se sont prononcés pour le renvoi d'Anthony CASANOVA.

Voici les premières signatures de soutien en sa faveur:
Guylaine MARIE
Philippe VAL

Carte du tour de France 2010
Edito

Philippe Val contre Siné ou le traître contre le crétin


« Vous en êtes un autre, m’ont-ils dit lorsque je refusai de monter dans leur train » (Brassens)


Nul n’ignore que le dessinateur Maurice Siné(t) ne travail plus dans Charlie hebdo. J’entends d’ici les hurlements des loups protestant contre ce « départ » et ceux, plus nombreux, réclamant la tête de Val. C’est dans cette ambiance houleuse que je vais essayer de vous faire bondir chers lecteurs.
Siné est un dessinateur féroce. Sans nuance, virulent, ses dessins sont envoyés comme des coups de poignard à ceux, et ils sont nombreux, qu’il hait. Souvent on entend dire qu’un bon dessin vaut mieux qu’un long discours. C’est une bêtise car si le dessin donne une idée le texte marque une réflexion. La couverture d’un livre ne peut remplacer son contenu. Siné est victime de son talent, ses dessins sont comme ses textes et si les premiers sont euphorisants par leur brutalité, les derniers restent souvent de simples diatribes sans intérêt. Siné a besoin d’un ennemi, d’un méchant qu’il faut « tuer ». Son besoin manichéen de croire qu’il y a un bon côté et qu’il est, évidement, dedans, fit dire à Pierre Desproges que Siné était un « fasciste de gauche ».
Un exemple concret : la Corse. Siné vivait en Corse et pendant cette période j’ai pu lire à de nombreuses reprises que les poseurs de bombes avaient de bonnes raisons de faire ce qu’ils faisaient et que les Corses étaient merveilleux, anars… puis un jour ces cons de poseurs de bombes ont plastiqué SA maison. Pauvre Siné obligé de prendre ses certitudes dans la gueule et de comprendre que TOUS les terroristes sont des ordures, des gars du FLNC, aux kamikazes palestiniens en passant par la clique d’Action direct ? Mais non ! Siné au lieu de dire que son « romantisme » intellectuel avait pris le dessus, il déclare aujourd’hui boycotter tout ce qui vient de l’île ! C’est ridicule mais c’est ainsi. Siné est un extrémiste, il est aimé pour ça mais voilà, il existe en France des idées extrémistes qui vous emmènent directement au tribunal.
Dans une de ses chroniques Siné est accusé de faire l’amalgame entre la réussite sociale et être Juif :
« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit »
Bien-sûr Siné n’est pas antisémite, mais sa chronique peut-être amenée devant les tribunaux. Val a proposé à Siné de signer un texte écrit par la rédaction :
« Ma « Zone » d'il y a deux semaines sur Jean Sarkozy a suscité beaucoup de réactions. Je me suis fait traiter d'antisémite sur RTL, et on m'a même rapproché de ce salaud de Konk. Mes amis de Charlie se sont émus. J'ai relu… Bon, c'est vrai que ça pouvait être mal interprété… Je voulais dénoncer l'imbécillité de se convertir à une religion quelle qu'elle soit et, par ailleurs, la fascination de la famille Sarkozy pour le fric. J'ai synthétisé mon propos, et, au final, il en est resté ce qui peut être analysé comme un raccourci ambigu et condamnable. Je présente mes excuses auprès de ceux qui l'ont compris comme tel »
Avec en prime un texte signé par la rédaction où l’on affirmait que Siné avait dérapé. Siné n’a pas voulu de tout ça, il est resté droit dans ses bottes, dans le beau rôle du martyre et Val reste dans son éternel rôle de traître.
Val a gagné et perdu des procès. Les extrémistes religieux attaquent généralement Charlie et donc Philippe Val. Ca ne doit pas lui poser problème, mais se retrouver devant un juge avec le risque d’entendre : « Monsieur Val Philippe, Directeur de la publication de Charlie hebdo, vous êtes condamné pour antisémitisme et devait verser à la famille Darty… » devait lui donner envie de vomir et je le comprends !
Philippe Val est accusé de tout. Il a dit « oui » à l’Europe, il n’aime pas Denis Robert, la LCR, les altermondialistes, ceux qui veulent railler Israël de la carte et pour quelqu’un qui dirige un journal de gauche : c’est terrible. Pourquoi défendre Philippe Val et non pas Siné comme tout le monde, comme les purs de la vraie gauche ? Parce que je suis heureux d’être abonné à un journal qui ne m’explique pas « Ce Qu’il Faut Détruire, Dire ou penser », j’étais fier d’être abonné à un journal où je pouvais lire Philippe Val et Siné, avec les meilleurs dessinateurs entre les deux. 16 pages qui ne sont pas uniformes, 16 pages de débats ! Quel bonheur, mais Siné est si « va t-en guerre » que ça ne le dérange pas de donner au fils Sarkozy le privilège de sa disparition dans la presse ! Et j’en veux à Siné de gâcher tout ça !
Un arrangement est-il possible entre les deux pour que Siné réintègre Charlie ? Je l’espère mais c’est, à mon avis, impossible. Siné, trop heureux de faire parler de lui, d’entendre les louanges qui lui sont adressées et surtout de voir son « adversaire » Val sous le feu des critiques « l’oblige » à mener sa dernière guerre contre la « gauche molle » jusqu’au bout ! Il se fiche de Charlie, de l’image du journal, il veut juste avoir sa bataille avec Philippe Val.
Pour ceux qui diront que Siné rêve du Charlie d’avant, de la belle période d’Hara-kiri, voilà ce qu’il pensait du journal qui est mort sans lecteur :
«J’ai pris Hara-Kiri en marche. Je n’étais pas là au début. C’est Reiser qui m’a tanné pour que j’y aille. Je ne sais pas pourquoi, je n’étais pas très chaud pour y aller. Je trouvais que ce n’était pas assez politique et que ça déconnait trop. Et je trouvais que ce n’était pas assez de gauche. J’avais sûrement tort. C’est Reiser qui m’a dit, de toute façon on te foutra la paix. Moi je me méfiais un peu, je les trouvais un peu écolos, peace and love. Ce n’était pas mon truc. D’ailleurs la première fois, j’ai fait un papier sur le Portugal, et crac, Cavanna m’a censuré, parce qu’il trouvait que c’était un appel au meurtre. Parce que j’avais dû dire qu’il fallait flinguer les flics, la police portugaise, le PID, etc. Finalement, je lui ai dit, si tu me censures, je ne viens plus... c’est mon premier et dernier essai. Donc il ne m’avait pas censuré, mais il avait rajouté en surimpression rouge l’inscription « je ne suis pas d’accord avec Siné » (…)
Hara-Kiri, je lui faisais un reproche, c’était vulgaire surtout. Moi, il y a des trucs qui me choquaient, mais c’était mon éthique. Quand il y a des gros dégueulis sur les pages, je faisais, orrfff ! ! ! J’étais pas choqué moralement, mais c’étaient mes yeux qui ne s’habituaient pas...des grosses bites, des colombins, cette culture de la merde... ça me faisait pas trop rire et je trouvais ça dégeulasse (…) Choron, il déconnait. Il était surréaliste... enfin il était plus prêt des entarteurs, de ces mecs-là, mais pas politique. La politique, tout le monde s’en foutait. Wolinski n’en avait rien à branler. Les autres non plus ne parlent pas politique finalement. Cavanna non plus... Choron était plutôt réac à la limite (…)
Même Reiser était parfois limite beauf. La famille Oboulot... Il se foutait de la gueule des prolos. C’est surtout les prolos qui étaient sa cible, pas tellement les bourges. Moi, je ne me sentais pas beaucoup d’affinités avec eux, sauf que je partageais certains de leurs points de vue. »
(Je publie ses propos pour éviter la fausse nostalgie d’un Siné bandant pour la première version de Charlie).
Une pétition circule pour défendre Siné vous la trouverez dans le Coq, Patrick Font l’a déjà signée. Nous publions aussi la dernière chronique de Siné.
Au risque de ne me faire, une nouvelle fois, aucun ami, je persiste à dire que je préfère savoir que le journal dont je suis abonné a pris la décision de se séparer d’un collaborateur trop borné pour faire une petite marche arrière après un dérapage douteux, plutôt que de prendre le risque d’une condamnation pour antisémitisme !
Au fait que deviennent tous les braves gens qui s’offusquaient que des traîtres accusent Dieudonné d’antisémitisme, aujourd’hui qu’il a fait de Le Pen le parrain de sa fille ? Si j’ai bien lu la dernière chronique de Siné, il refuse le soutient de Dieudo. Pourtant en 2004, en compagnie d’Alain Soral, auteur de quelques discours pour Le Pen, lors d’un meeting de la liste Europalestine, ils jouaient tous les trois à haranguer la foule en livrant des noms – de juifs of course – sionistes français, je ne dis pas que c’est de l’antisémitisme mais en tous les cas, c’était bien imité, non ?
Siné est tellement persuadé de combattre pour les bonnes causes qu’il s’accoquine avec un peu n’importe qui. La sainte gauche contre la perfide droite, voici l’équation de Siné.
Je ne dis pas que Philippe Val est sans reproche sur l’affaire, mais juste que Siné fut viré à cause d’une chronique qu’il n’a pas voulu « adoucir » par une explication la semaine suivante.
J’enrageais de lire Siné applaudir aux attentats en Corse et d’appeler au soutient d’Action direct, pourtant j’ai acheté plusieurs de ses livres et ses deux compilations de jazz.
De plus l’unanimité qui se fait contre Val (l’homme de presse) me le rend toujours sympathique… que voulez-vous, je dois être une sorte de traître moi aussi…


Anthony Casanova

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