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La fantastique épopée de ma bite
« J’oublie presque toujours le nom de l’héroïne quand la comédie est finie » (Brassens)
Quand j’ai appris que mon copain Patrick Font s’apprêtait à raconter l’histoire du duo qui fit sa renommée, je fus très enthousiaste, c’est peu de le dire. Alors je me suis mis à réfléchir si je n’avais pas, moi aussi, une histoire à raconter. Anonyme dans le milieu de la chanson, je ne pouvais décemment prétendre à la narration des anecdotes de spectacle que j’eus avec mon compère Martial. Puis, au détour d’une nuit folichonne, où je fis preuve d’une grande goujaterie, je me suis dit : « mon vieux, c’est ça que tu dois raconter ! » Pourquoi ? Simplement parce que mon cas est rare. Voyez-vous docteur, je ne considère pas les relations amoureuses au-delà du plaisir charnel. N’éprouvant aucun sentiment « amoureux », j’ai tendance à vivre des histoires aux aboutissants nihilistes. Sans contrainte, amorale et sarcastique ma vie romancée aurait horripilé les niais, les romantiques et autres espèces de cet acabit. A l’inverse, rigolards, pervers et moqueurs se seraient délectés de mon culot en toute situation !
J’aurais cité les filles par leurs initiales, ou leur numéro car… ç’est immonde et ça me fait rire. Quelle jubilation malsaine de livrer mes pensées les plus intimes, les plus misogynes… racontant aussi bien les moments flattant mes qualités d’amant que mes « bides au lit ». Je n’aurais eu comme seule ligne conductrice que la sincérité, la vérité. De plus n’agissant généralement qu’au « nom de l’humour » il m’arrive de faire un choix uniquement en pensant à l’anecdote que je tirerais de la situation. « Mémoire d’un goujat » était le titre.
A la manière de Patrick Font, demandant son avis à Philippe Val pour son bouquin, j’ai commencé à téléphoner aux futures héroïnes pour savoir si je pouvais dévoiler les choses « inavouables » que ma salacité et leur curiosité, nous avaient amenées à faire dans l’intimité. De quelle manière j’avais pris la fuite – toujours au bon moment – avec quelles personnes de son entourage j’avais brisé le « serment de fidélité » bref : tout dire ! Vous serez surpris de l’apprendre, sur dix – il me fallait un pourcentage – toutes exprimèrent un refus catégorique. Alors, comme celui de mon copain Patrick Font, mon projet de bouquin est tombé à l’eau. Il n’y aura pas plus de « fantastique épopée de Font & Val » que de « fantastique épopée de ma bite ». L’humanité s’en remettra t-elle ?
Quand on pense à toute l’histoire de la littérature, si tous les écrivains avaient eu notre « courtoisie » il ne resterait pas grand-chose à lire. Adieu Bel-ami de Maupassant, l’œuvre de Paul Léautaud, l’autobiographie du grand Casanova, l’ « Ubu Roi » de Jarry, les essais de Montaigne, le journal de Jules Renard, de Delacroix, aux oubliettes les Correspondances de Voltaire… si tout le monde demandait la permission pour écrire nous ne lirions rien d’intéressant.
Pourquoi est-ce aussi important de raconter « Font & Val » me direz-vous ? Nullement pour remémorer la jeunesse de quelques lecteurs ou pour savoir qui était le méchant dans Font et Val. Il fallait et il faut que ce duo soit raconté par l’un d’eux. Ca ne viendra sûrement pas de Philippe Val, donc c’est à Patrick de le faire.
Font & Val fut un ovni dans le monde du spectacle. On ne pouvait ni les comparer à des artistes existants et on ne peut comparer aucun artiste d’aujourd’hui à eux. Ils étaient unique dans, artistiquement parlant, leur esthétique. Ce n’était pas le clown blanc et l’auguste, ce sont des conneries et la facilité de les résumer ainsi ! Le mélange de Font et Val c’est d’avoir harmonisé la structure sophistiquée des textes de Val avec la pertinence de ceux de Patrick. Prenez « Ma p’tite chérie » de Val et « La vieille » de Font ; « Lourdes » de Val et « Soyez Pédé » de Font, l’alliance du politique et du fantaisiste, voilà ce qu’était ce fabuleux duo ! Les sketchs subversifs ou absurdes, le contre-courant permanent, la subversion, la mauvaise foi, l’imagination sur scène. Font & Val ce n’était pas Patrick Font et Philippe Val mais une osmose en forme de coup de pied au cul. Patrick n’aurait pu choisir meilleur titre que « Fantastique épopée » pour décrire l’aventure artistique qui fut la sienne avec Val.
Les lecteurs du Coq, les auditeurs du Bar des vieux cons savent mon affection pour Val. Et ce n’est pas Patrick, qui me raille souvent à ce sujet, qui dira le contraire. Pourtant je le dis : on s’en branle de son aval ! Il est passé à autre chose, grand bien lui fasse ! Mais c’est ainsi, il n’y a rien eu de mieux depuis Font & Val. Quand à Patrick, mes rapports avec lui son différent, je suis monté en Haute-Savoie pour rencontrer un artiste que j’appréciais, et j’en suis reparti en ayant trouvé un ami. Et moi qui le connais, je peux vous affirmer que rien n’aurait pu être mieux raconté que par lui.
Font & Val n’ont pas eu d’« enfants » ou de successeurs si vous préférez. C’est pourquoi il est primordial de connaître le fonctionnement qui fut le leur durant 25 ans. Il est arrivé, à la fin de nos spectacles avec Martial, que des gens viennent nous voir pour nous offrir le compliment de la comparaison : « On dirait Font & Val » disent-ils en souriant… c’est gentil mais complètement faux ! Font & Val sont et resteront unique dans leur manière d’aborder le sujet de leurs chansons tout comme Brassens restera unique dans le chemin littéraire qui accompagnait les siennes.
De plus, un jour quelqu’un, un inconnu, un maladroit, se chargera d’écrire pour eux : « l’histoire de Font & Val », sans demander la permission ni à l’un ni à l’autre. De tous les livres sur Brassens que j’ai « avalé » le plus intéressant reste celui qui s’intitule : « Brassens par Brassens ». Certes, il n’y a pas d’analyse des textes, mais on y trouve son cheminement artistique. Sa manière d’aborder l’art dans sa réflexion personnelle. C’est tout simplement inestimable.
Alors que faire ? Le livre de Patrick, je vais essayer de le « pousser » à l’écrire quand même un peu puisque c’est mon copain… à moins que, poétiquement parlant, l’histoire de Font & Val soit « condamnée » à rester inachevée…
Post-scriptum : Martial & Anthony en concert, pour la dernière de la saison, à la brasserie « The Station » (96, Blvd Clichy, Métro Blanche) le dimanche 15 juin 19H à Paris. Entrée 10 euros et une coupe de champagne vous sera offerte.
Réservations 01.46.06.85.29.
Anthony Casanova. |
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