Le coq des bruyères hebdo... suite
N°76 année 2008
Edito

La commémoration du joli mois de Mai 1968

« La troupe fraîche des cadets au carrefour nous attendait pour nous envoyer à Bicêtre. » (Brassens)

Vous avez sans doute remarqué la pile de livre qui nous parle de 1968. Entre ceux qui parlent de 1968 à travers le monde de San Francisco à Prague en passant par le quartier latin, ceux qui philosophent sur le mouvement et ceux qui nous racontent « leur guerre », ça en fait des lits qui pourront, enfin, être bien callés. Tous les éditeurs ont sorti au moins un livre sur le mois de Mai, mais, mais, mais… c’est le bide en librairie. Apparemment « mai 68 » n’intéresse personne ou pas assez de monde. Le problème c’est que tout le monde a sa petite définition de 68 en se mettant d’accord sur une chose : c’est fini.
De la révolte étudiante contre « papa » De Gaulle à ceux qui avaient pour idole Mao, Jésus (superstar) ou Marx, j’avoue une certaine répulsion, pour ma part, à l’encontre de tout ce qui servit de modèle aux jeunes boutonneux d’hier. Puis, arrive sur le tapis la question de la libération sexuelle… à la belle excuse ! C’était le bon temps, parce qu’avant on s’aimait « librement », jouissons sans entrave disait-il naïvement. En fait « Mai 68 » souffre d’ambiguïté entre le « nous » et le « je ». Ils voulaient construire l’individu (je) en changeant la société (nous). Alors ils se sont trouvaient des Dieux qui chantaient ou auraient pu chanter l’International. Ils ont formé des communautés, des microsociétés où ils pouvaient vivre en oubliant le monde qui avançait derrière les planches miteuses et grisâtres de leur ferme. Ce qui les rend, les cons, nostalgique c’est qu’il n’y a plus de mouvement de masse ! Ils étaient heureux de prôner la liberté de ceci, de cela au milieu d’autres qui prônaient la même chose. L’individu a perdu, la société n’a pas changé. Ils vantaient de jolies choses mais leur individualité ne fut pas assez forte pour qu’ils puissent continuer à agir quand le groupe passa à une autre mode. Les nostalgiques de Mai 68 sont une belle bande d’hypocrites. Leur lâcheté n’ayant pas pris le dessus sur leurs principes « bourgeois », ils nous emmerdent avec « le bon temps ».
Prenez les hippies par exemple. Les fanatiques de Mère Nature qui vont jusqu’à recycler leur merde au son de « Peace and love ». N’y a-t-il pas de quoi se fendre la gueule quand on voit les images de ces niais partant fonder une communauté, ou secte si vous préférez, pour échapper aux règles du monde et en inventer de nouvelles ! Attention, je ne dis pas que la libération des mœurs et les Droits des femmes qui suivirent le petit mois de mai ne furent pas une bonne chose, mais le changement s’est produit dans la « vraie » société et non dans une alter-je-ne-sais-quoi de groupuscule bidon. Qui nous empêche aujourd’hui de « jouir sans entrave » ? Personne ! L’individu a assez de référence pour s’émanciper de la foule.

N’ayant ni femme ni gosse et n’en voulant pas, qui m’empêche de vivre comme JE l’entends ? Personne. Dame Nature je lui ricane sous la jupe, je ne trie pas mes déchets, je consomme, je picole, j’aime le tabac, je pollue, je prends ma bagnole pour faire cent mètres et le monde-que-nous-laisserons-à-nos-enfants je m’en branle ! La vie dans 100 ans, elle n’existe pas c’est une carotte pour les ânes, libre à qui le voudra de braire ou non. Le réchauffement climatique, s’il existe, est une aubaine ! Le vin n’en sera que meilleur si le soleil brille un peu plus par an, les filles ne porteront plus que la gamme printemps/été que demander de plus ? Vous faites des gosses, vous pérennisez l’humanité, c’est très bien, moi non. Donc assumez, coupez le robinet quand vous êtes sous la douche, éteignez la lumière pour accomplir le devoir conjugal, moi je vide le cumulus tous les jours et je rends hommage à Monsieur Tomas Edison en usant de son savoir. Je n’ai pas connu mai 1968, je ne serais peut-être plus là en mai 2068. Alors merci les soixante-huitards, je passerai ma trop courte vie à jouir sans entrave grâce et aussi au dépends de vous et de vos descendants, sans demander la permission à la masse populaire.


Anthony Casanova.

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