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| Le coq des bruyères hebdo... suite | |||||||||||||
| N°75 année 2008 | |||||||||||||
| Edito |
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De Robespierre à Michel Drucker « C'est immoral et c'est comme ça ! »(Brassens)
Au départ Maximilien de Robespierre était un brillant avocat. Inspiré par Rousseau, il milita pour des causes qui, si elles avaient abouti, auraient fait de la France l'un des pays les plus modernes, intellectuellement parlant. Robespierre voulait que l'on accorde le droit de vote aux Juifs, aux gens de couleur et aux comédiens. Il défendit le suffrage universel et l'égalité des droits, tout en souhaitant l'abolition de l'esclavage et de la peine de mort ! Rien que ça ! Puis apôtre de la « vertu », il commença à être si exigeant qu'il représenta assez bien la phrase de son camarade Saint-Just : « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Dès que Robespierre voulut « modérer » les foudres meurtrières d'un peu tout le monde, comme celles de Jacques-René Hébert, on commença à le trouver un tantinet frileux et hop, il fut victime de l'intransigeance – qui lui sied fut un temps - en « perdant » la tête à la santé de Joseph Guillotin. On lui mit, à tort, sur le dos toute la période de la Terreur. Personnage controversé de notre Révolution aucune rue à Paris ne porte son nom alors que même Saint-Just en a une… sans parler de Lafayette et de ses galeries. Depuis l'ère de Robespierre, à peu près tous les 90 ans nous avons une révolution. Si en 1789 elle fut nationale, qu'en 1871 elle fut communale, c'est en 1968 qu'elle a fini par être intellectuelle, donc personnelle, intime. Que se passera t-il en 2050 ? Je n'en sais rien… pour l'instant nous nous dirigeons vers une révolte de l'estomac puisqu'il semble que le monde a la dalle, mais bon, nous verrons d'ici-là. 1968 pourrait être comparé à la phrase ironique que Robespierre adressa à Jean-Baptiste Louvet qui lui reprochait sa violence : « Citoyens, vouliez-vous une révolution sans révolution ? » Ce fut ça 1968, une révolution sans révolution. Dans la République Française d'aujourd'hui, les révolutionnaires ne se réclament plus de Robespierre et Saint-Just mais de Marx, Trotski ou… Castro en ce qui concerne le Monde Diplomatique. Le monde fonctionne d'une manière (bonne ou mauvaise) et le révolutionnaire veut le faire tourner à sa sauce (bonne ou mauvaise) qu'il juge parfaite pour lui, et pour les autres, sans se soucier des avis contraires. Mais s'il est une chose commune à tous les amoureux de LA Révolution, c'est la pureté. Il y a toujours chez le révolutionnaire un combat contre la réalité. Une réalité pervertie par la laideur des compromis. Une réalité qu'il faut assainir pour changer de monde comme on change la couche d'un mioche, pour en trouver un « autre »de monde, un tout propre. Dans notre monde dégoûtant de 2008, la politique se fait par l'image aux dépends des idées. La forme remplace le fond. Nous pouvons le déplorer mais c'est ainsi. Mélange des genres, perversion suprême, c'est sur le canapé rouge de Michel Drucker qu'il faut s'asseoir pour se faire bien voir des Français. Chez Drucker, le politicien va être chouchouté par des mains expertes, on va le regarder en famille, on va le trouver sympathique, sincère… bref que du bonus par sa petite cote de popularité. Après avoir reçu Arlette Laguiller, c'est Olivier Besancenot qui reçut l'invitation du dimanche après-midi. Débat à la LCR ! Faut-il aller chez Drucker ? Nous (la LCR), qui dénonçons les petites magouilles, les connivences, le capitalisme, la société telle qu'elle est, peut-on participer à ça ? Deux questions viennent à nous : n'y a-t-il pas antinomie entre Drucker et les révolutionnaires ? Besancenot a-t-il eu raison d'y aller ? Je réponds par l'affirmative à ces deux questions. Besancenot a un combat. Il va n'importe où, du moment qu'il peut faire entendre ses idées. Michel Drucker est-il plus déshonorant que PPDA ? Si, en bon révolutionnaire, Olivier avait déclaré que jamais au grand jamais on ne verrait sa bouille sur les plateaux de Bouygues, là nous pourrions parler de contestation concrète des médias. Olivier va où on le siffle comme tous les candidats, du Parti des travailleurs au Front National. Qu'a-t-elle de plus alors l'invitation chez Drucker ? Simplement un homme politique qui n'y fut jamais convié : Jean-Marie Le Pen. Les extrêmes ont toujours été perçues comme des ennemis de la République et de la démocratie. Du révolutionnaire au fasciste, tous détiennent LA vérité que nous rechignons à accueillir le bras tendu, poing serré (à gauche) ou main ouverte (à droite).Quand Michel Drucker invite Besancenot, il confirme ce que les vieux de la vielle redoutaient : Besancenot n'est pas dangereux. Il n'est pas l'équivalent de Jean-Marie, il ne fait pas le poids. La LCR n'est plus un parti révolutionnaire. Cher ami, un révolutionnaire il veut pourfendre notre société bourgeoise. Ce n'est pas un tiède, un type qu'on installe dans un canapé, un dimanche, pour lui parler de ses hobbys ! Les urnes ou les armes c'est son éternel dilemme au révolutionnaire, la dictature du prolétariat vous pensez que ça se passe comme une émission dominicale ? Robespierre pensant sauver la République, son idéal, prit des décisions extrêmes dans une ambiance de guerre civile. Le joli buste de Marianne qu'on voit dans toutes les mairies, c'est du vent ! C'est une figure allégorique. Robespierre c'est ça le visage de la révolution française. Drucker a invité Besancenot car Besancenot parle de révolution sans en vouloir. Il est une figure allégorique vivante, c'est la « Marianne » de l'extrême gauche. Outre quelques militants décérébrés de la LCR, peut-on vraiment être surpris par cette invitation ? Il aurait pu ne pas s'y rendre, ça ne change rien. Drucker a pensé à lui pour son Vivement dimanche, il n'en faut pas plus. Besancenot peut bien jouer le « chevalier blanc » intransigeant lors des élections, être devant ses militants l'apôtre de la pureté, faire l'autiste dans les débats, oh oui il le peut ! Mais il y est allé, comme Sarkozy, Royal, Bayrou… sourire à Michel Drucker. Pour une fois je remercie Drucker d'être toujours à la télévision pour la question qu'il nous pose implicitement et qui n'est pas : « Comment un trotskiste peut-il aller chez Michel Drucker ?» mais plus ironiquement : « Comment peut-il y avoir encore des trotskistes à l'heure de Michel Drucker ? » Anthony Casanova Puisque Doux douille fait le journal des J. O. Le petit dicton asiatique de mauvais goût de la semaine, les qui mange chie : « Qui mange un Facteur… chieguevara » |
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