Le coq des bruyères hebdo... suite
N°73 année 2008
Edito

Effarant non ou l’héritage de Pierre Desproges

« On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés, les morts sont tous des braves types » (Brassens)

Desproges, Desproges, Desproges. A l’occasion des 20 ans de sa mort, France Inter, radio où il officia, fit du 18 avril une journée spéciale Pierre Desproges. Mais la mort ayant un peu plus d’humour que les têtes pensantes de France Inter, elle fit calancher Aimée Césaire le même jour pour emmerder la programmation. Inter nous proposa, avant quelques unes de ses émissions, une Chronique de la haine ordinaire. La bonne surprise fut la rediffusion d’un Tribunal des flagrants délires où l’on y jugeait un publicitaire. Claude Villers, Luis Régo, Pierre Desproges à l’œuvre ; Entendre une émission entière, c’est à vous filer un sacré coup de jeune ! Le ton de Villers, l’esprit de Régo et Desproges, c’est à ringardiser le France Inter de 2008 et ça donne envie d’enterrer définitivement les autres radios pour délit de non-subversion flagrante jumelée d’inculture aggravée.
Mais, une fois passées les courbettes sur le talent du défunt, arriva la question de la succession. C’est toujours un moment fameux quand on s’interroge sur l’hypothétique réincarnation d’un artiste en un autre. C’est alors que France Inter, lors de l’émission « Esprit critique », me fit découvrir un « comique » du label « Jamel Comedy Club » : Fabrice Eboué. Après ses propos sur Inter, j’ai « surfé » sur le net pour voir qui était ce garçon et je ne fus pas déçu. En l’écoutant sur Inter, je me suis dit : « ce type doit être un crétin », puis après l’avoir vu à l’œuvre, j’en fus convaincu.
Monsieur Eboué, paix à ses neurones, parla d’un sketch de Desproges dont la première phrase est : « on me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle » :
« ce qu’on pouvait se permettre à l’époque (…) tu commences un spectacle comme ça aujourd’hui, de toute façon, avec toutes les histoires qu’il y a eu depuis un certain temps, t’as perdu ta salle d’entrée quoi, tu peux ramer peut-être 20 minutes avant de les récupérer. C’est pas les pouvoirs en place qui font que ça change, c’est la mentalité des gens… est-ce qu’on est dans une société, peut-être, où les gens, finalement, sont moins ouvert d’esprit, parce que moins curieux, et que finalement ce qui est juste de l’ironie, du cynisme passe pour de la violence, c’est peut-être possible aussi, je sais pas… »

Vous l’avez compris, l’ombre de Dieudonné est dans la pensée de Monsieur Eboué. Monsieur Eboué pense que le mot « juif » est tabou pour les rigolos, qu’on ne peut plus dire « juif » sans qu’on vous traite de pleins de choses vilaines qui aboutissent aux salles vides. Alors qu’avant, « à l’époque », on pouvait parler des « Juifs » sans crainte. Mais peut-être pense t-il que de nos jours les « Juifs » ou les sionistes ont un lobbying plus important ? Va savoir.
Ce sketch de Pierre Desproges débutant par la phrase : « on me dit que des Juifs… », est souvent cité en exemple pour conclure, qu’à présent on ne peut plus rire des « Juifs » sans se faire emmerder. Cette conclusion dite ou sous-entendue est une ânerie. Parler des « Juifs » n’est pas interdit c’est l’antisémitisme qui l’est ! Sous-entendre que Desproges ne pourrait plus faire son sketch en 2008, c’est affirmer que son sketch est proche de l’antisémitisme ce qui est infamant.
C’est le problème des raccourcis, confondre parler et rire d’une communauté aboutit à se persuader que parler des Juifs est antisémites, rire des Arabes est racistes. Comment savoir ce qui est raciste ou antisémite ? Rien de plus simple : jouer sur les clichés en faisant du noir un singe ou représentant les Juifs avec un gros nez, c’est cette « caricature » et ses dérivés qui sont une forme du racisme et de l’antisémitisme. Le « Jamel club », d’où provient Monsieur Eboué, n’est qu’une compilation de l’humour communautariste. Le noir parle des noirs, le Juif des Juifs, le beurre des beurres, le Chinois des Chinois… et, selon les journaux, c’est drôle ! Par contre, tous s’accordent à dire que ça ne fonctionne uniquement sur le principe qu’une communauté est « mise en boite » par une personne de cette même communauté. Pourquoi le « noir » ne pourrait-il pas dire le sketch du Chinois ? Tout simplement parce que le texte en lui-même n’est qu’une merde raciste, le « second degré » ne venant que de la couleur de peau du protagoniste, c’est dire la médiocrité du genre.

Le sketch de Desproges en question parle justement de ça. Dans ce sketch, il s’en prend, sans la nommer, à la journaliste Anne Sinclair qui avait déclaré : « qu’elle n’aurait probablement pas pu tomber amoureuse d’un non-Juif ». Desproges y détournait cette phrase pour s’attaquer à ceux qui croient en « l’humour Juif » ou tout simplement ceux qui prêtent des « dispositions » à une race ou une « famille religieuse ». Il déclarait à ce propos : « Dire que les Juifs ont de l’humour est aussi raciste que de dire que les Arabes sont des fainéants ». Deux solutions : Au mieux, et il ne serait pas le seul, Monsieur Eboué n’a jamais entendu ce sketch en entier, ou alors c’est qu’il ne l’a pas compris.
Aucune comparaison avec les positions de Dieudonné. Dieudonné a fait un sketch ambigu en comparant les victimes à leurs bourreaux – vielle pratique antisémite – et, au lieu de dire qu’il avait improvisé son texte, il voulu l’intellectualiser. On cite souvent la phrase sur le rire qu’eu Desproges face à Le Pen au Tribunal des flagrants délires (rire de tout mais pas avec n’importe qui). Dieudonné fit exactement l’inverse en allant voir Le Pen, en se réjouissant de la victoire du Hezbollah et en soutenant le président Iranien et la chaîne de télévision antisémite Al-Manar. Je ne sais pas s’il est antisémite, mais en tous les cas c’est assez bien imité, non ?

Toujours dans l’émission « Esprit critique », à la suite de Monsieur Eboué, Didier Porte – chroniqueur à France Inter – fut à son tour interrogé. Lui aussi, prit en exemple le même sketch mais il en tira une autre réflexion. Porte mit en avant le « courage » de ce texte puisqu’il s’attaquait à Anne Sinclair qui, à l’époque, était la grande star cathodique de l’information. Rien de surprenant, Didier Porte ne s’est pas arrêté au mot « juif » ce qui lui a permis de comprendre le texte. Que faut-il rajouter si ce n’est que, comme par hasard, Didier Porte est l’un des rares artistes en général et humoristes en particulier, à honnir les compromissions. Porte ne se gêna pas pour dire qu’il ne vouait pas un culte à Desproges et que certaines de ses positions idéologiques lui sont toujours restées en travers des zygomatiques. Pourquoi dire ces choses là le jour où tout le monde verse des larmes de circonstance sur le « cher disparu » ? Tout simplement parce que Didier Porte est infatigablement intègre.
Pierre Desproges n’a transmis le flambeau de son talent à personne. Il reste un cas unique dans l’univers humoristique de part l’exigence littéraire de sa plume et aussi pour avoir eu une si haute estime de la dignité :
« Je ne serais pas allé à une émission que fait M. Poivre d’Arvor actuellement, et je pourrais vous citer plein d’autres noms. J’aime mieux mourir dans d’atroces douleurs que d’aller poser mon cul à côté de ces gens-là. » déclarait-il en 1986 pour argumenter son dégoût des compromis.
Desproges est mort, il nous reste ses livres. On ne doit pas chercher des descendants aux artistes, surtout aux bons. Car, s’il est vrai que les médiocres se reproduisent comme des rats, les bons sont généralement farouchement stériles ! Cependant, Didier Porte est du lundi au vendredi sur Inter vers midi et le jeudi, toujours sur Inter, un peu avant 8h00. Didier Porte n’est ni le nouveau Desproges ni son rejeton, il est Didier Porte est c’est bien suffisant. Le point commun avec Desproges ? Evitez dès à présent de lui trouver une descendance.

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Voici la pochette, la photo fut prise sur le Pont des Arts à Paris dès les premières lueurs du jour…
Et toujours le « mon espace »
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Le coq des bruyères hebdo, suite
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