Le coq des bruyères hebdo... suite
N°67 année 2008
Edito

Internet ou les chiottes de la liberté

« Jurant par-là, jurant par-ci, jurant à langue raccourcie» (Brassens)

Il est seul et devant son écran, il est le maître du monde. Il se branche sur Internet et enfin, naviguant à quai, le cul posé sur sa chaise, il arpente les tempêtes du monde sans s'essouffler… quelle aventure ! Ô internaute, chevalier de nos temps modernes ensorcelé par les sirènes de l'aventure pantouflarde, que n'est-tu né en d'autres siècles où ton sédentarisme aurait pu te faire participer à l'aventure qui emmenait l'être humain de sa chaise à la cheminée sans avoir l'absurde sentiment de voyager à travers le monde connu ?
Après vous avoir parlé des journaux gratuits en excluant le « Coq des Bruyères » de ce genre de prospectus, je m'en vais vous parler d'Internet. Lieu abstrait où siège le « Coq » et où vous allez lui tâter les plumes chaque semaine. Internet est un espace de liberté, de délation, d'information, de création, de défoulement, de voyeurisme, de frustration et aussi de solitude. Internet est, pour l'instant, l'un des rares endroits sans lois. Je vous connais bande d'anar, vous allez dire : « C'est ça qui nous plaît ! » Certes, mais ça pose des petits problèmes surtout en ce qui concerne l'information et sa sœur jumelle un peu moche la désinformation.

Sur Internet vous pouvez trouver des sites d'apparences « sérieuses » vous prouvant par a + u – f qu'Elvis est vivant, que les trois autres Beatles ont organisé la mort du quatrième, que Coluche fut assassiné par l'Etat, que le 11 septembre n'a pas eu lieu ou alors qu'il fut organisé par la CIA. Paranoïa ambiante qui voudrait nous faire croire « qu'on nous ment » sans jamais dire qui est ce fameux « on » car le « complot » est fatalement ENORME !
Que les gens vivant sous une dictature mettent en doute leurs médias, c'est plus ou moins normal. Par contre, rappelons-nous qu'en France, en Europe, il existe de l'information édulcorée voire fictive comme sur TF1, mais aussi, et c'est la majorité, d'autres journalistes faisant honorablement leur boulot.
Ainsi sur ce « paradis » de la liberté qu'est Internet, j'ai pu voir un documentaire « prouvant » que ce ne sont pas des avions mais des bombes à l'origine de la chute des deux tours le 11 septembre. De plus, « ils » auraient oublié de parler d'un troisième bâtiment. Pourquoi ? Hurle l'internaute vibrant d'un désir de vérité. Il est là, seul devant son écran et il découvre un complot. Un vrai, un grand, un terrible complot ! Pourquoi personne n'en parle ? Se dit-il en fronçant les sourcils ; puis il devine le pourquoi du comment: nous vivons dans des dictatures déguisées ! Au moins, se dit-il, les Cubains, les Chinois, ils savent qu'on leur ment, mais nous, personne ne s'en doute, on nous hypnotise avec cette merde de démocratie ! Maintenant il sait, que ces salauds de Ricains ils nous bouffent ! A ces mots virulents, il se penche et ramasse sa bouteille de Coca-cola, puis après une gorgée révolutionnaire, il repart à la recherche de la-vérité-qu'on-nous-cache sur son ordinateur.

Internet n'est pas l'information pour tous, mais fait de « tous » les artisans de la désinformation. Ne pas avoir de lois fait d'Internet le meilleur ennemi des démocraties. Il peut aider de rares habitants des dictatures à diffuser des informations sur leur régime comme il y a quelques mois en Birmanie, mais comme l'a prouvé l'alliance de Google avec la Chine, en adaptant son moteur de recherche à la joie de vivre communiste, il peut aussi aider les dictatures dans leurs œuvres d'un monde meilleur à coup de pied aux fesses et balle dans la tête si affinité.
Internet, c'est aussi la foire aux images « choc » avec pour principal socle le voyeurisme. A grand renfort de vidéos de caméras de surveillance, d'images volées ou détournées, l'internaute confond les fenêtres de la liberté avec le trou de la serrure des cabinets. Les blogs, les webcams sont les instruments d'une banalisation de l'intimité dans une soumission, librement consentie ou non, au dictat de la « célébrité », même d'un quart de seconde, à tout prix.

Vous allez me dire : « mais si tu penses ça, pourquoi faire un journal sur la sainte toile ? » Tout simplement, parce que nous faisons un journal satirique, sans avoir la prétention de donner LA vraie vérité, par le biais de la VRAIE information. Nous exprimons des critiques, des opinions, mais en aucun cas nous voulons nous faire passer pour des « journalistes luttant contre de terribles complots ». Nous ne sommes que des artistes se servant d'un espace médiatique que nous autogérons sans piétiner les lois sur le respect de la vie privée et sans nous prendre pour des journalistes d'investigation de caniveau.
Ainsi, et ça n'engage que moi, je vois plus Internet comme le royaume des mouchards que celui des libres penseurs. Grâce aux nouvelles technologies, la vie privée des uns est une fiction pour d'autres, nous nous fliquons à tour de rôle et, à moins d'avoir une idée toute personnelle de la chose, ce n'est pas ce que nous pouvons décemment nommer un « espace de liberté ».


Anthony Casanova

 

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