Le coq des bruyères hebdo... suite
N°66 année 2008
Edito

« J’irai cracher sur ma tombe »

« Un rien de dérision sauve l’honneur de l’homme » (René Fallet)

Cette semaine nous parlerons culture. Lorsque je dis culture, je ne pense pas à l’hermétisme de certaines pages culturelles de certains journaux, mais à ce qui éveille l’esprit, à ce qui différencie une démocratie d’une dictature : la liberté dont le sexe est la culture. Télérama aurait dit l’âme mais ne croyant pas à son existence et la plaçant lorsqu’on l’évoque dans mon slip, je préfère dire son sexe car au moins il vibre ! Car l’actualité ce n’est pas qu’une question de politique politicienne, mais n’oublions pas que la politique veut dire en grec « vie de la cité » et que l’art c’est aussi de la politique. 
Voilà pourquoi, je vais vous parler de la nouvelle création du comédien fantaisiste Daniel Gros : J’irai cracher sur ma tombe. Cette pièce raconte l’histoire d’un comédien interprétant l’idée que les gens se font de Don Quichotte. N’ayant plus de moulins à vent à détruire, car il s’en est déjà occupé, Daniel Quichotte se lance à l’assaut de l’injustice. Je mets « injustice » au singulier car comme pour la liberté, dès que le pluriel s’immisce dans ces deux mots, c’est que l’on trouve que certaines libertés ou certaines injustices n’ont pas d’importance et qu’on peut en « oublier » quelques unes.
Première injustice : la mort. Daniel Gros la règle d’une pirouette en y envoyant sur sa représentation matérielle, la tombe, ce que Léo Ferré nommait « la conscience du monde » : le crachat. Toute la pièce est une réflexion sur ce qu’est un artiste ou plus précisément sur l’image de l’artiste que s’en fait Daniel Gros. L’artiste pour Daniel Gros est tout d’abord vivant ! Non pas vivant dans le sens « jouer dans la rue », mais vivant car il évolue, qu’il se peaufine selon la société dans laquelle il crée. Daniel Gros est tour à tour, engagé, clownesque, en colère, désabusé ne gardant comme unique constance que la poésie. « J’irai cracher sur ma tombe » est en double teinte, d’un côté nous retrouvons les personnages fétiches de Daniel que sont Don Quichotte et l’arlequin, et de l’autre nous retrouvons Daniel le comédien et son double le metteur en scène. Car Daniel offre au public une mise en scène d’une justesse à faire penser aux meilleurs des luthiers qu’il est l’un des leurs.
Tous ses gestes sont millimétrés à tel point qu’il s’exprime lisiblement rien qu’en se mouvant sur scène, le public se laisse envoûter entre deux fou rires par cet artiste qui ne soustrait la poésie que pour y mettre de l’esprit.
A la fin de cette pièce, on se demande si Daniel Gros nous a livré une pièce testamentaire, non que ce soit sa dernière, mais cette pièce est le fruit de la réflexion d’un artiste sur son métier, son œuvre passée et sur le rôle de l’art aujourd’hui. Evidemment Daniel s’emporte, refait le monde mais comme il n’a pas le mauvais goût de jouer au tribun, et que l’humour est la base de sa vie, après sa prestation le monde est toujours le même mais le public est heureux d’avoir reçu un spectacle intelligent, qui donne envie refaire le monde à son tour.
Certes Daniel ne joue pas sur les plus grandes scènes de France, il n’a pas le titre pompeux de « pensionnaire de la comédie française » mais, c’est ainsi, le talent n’a que peu de rapport avec la popularité, quand on le lui dit, il sourit avec humilité car faisait sienne cette phrase de Paul Léautaud « On rit mal des autres, quand on ne sait pas d'abord rire de soi-même », il se contente d’être un artiste inoubliable pour tous ceux qui eurent le bonheur de le voir sur scène.

Daniel Gros jouera son solo le lundi 25 février au théâtre des Deux ânes avec en première partie Patrick Font dans ses « Adieux à la nostalgie ».
Vous trouverez désormais dans le Coq des Bruyères les lieux et les dates où Monsieur Daniel Gros se « donne » en public.  

 

Anthony Casanova.

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