Le coq des bruyères hebdo... suite
N°65 année 2008
Edito

Le cimetière des salauds

« Nous aussi au village on a de beaux assassinats » (Brassens)

Les municipales c’est l’élection de proximité par excellence. On vote pour son médecin, son pote, le directeur de l’école de ses enfants, l’entrepreneur ou le directeur de la petite entreprise qui fait les beaux jours de l’emploi dans sa microrégion, bref rien qui n’aille dans l’idéologie politicienne la plus « noble » du terme. Puis viennent les municipales dans les « grandes villes » qui font office de reflet de la gouvernance actuelle. Mais voilà qu’un petit « village », comme l’appellent ses habitants, peuplé d’irréductibles vieillards nous renseigne bien plus sur notre petit roi que la prochaine élection. Depuis quelques jours, Neuilly-sur-Seine, ville à l’ouest de Paris est le théâtre des bons vouloirs de Monsieur Sarkozy et nous y voyons vivre et mourir à son gré ses courtisans jusqu’au dauphin lui-même.
Revenons sur les faits pour savourer la droiture du locataire du 55, faubourg St Honoré. Monsieur Martinon était le chouchou de la reine Cécilia, mais voilà, l’amour faisant son chemin comme il le veut, la reine s’est barrée. Mais avant son départ, le sujet Martinon eu la promesse de mettre ses souliers vernis à Neuilly en plus du poste de pantin lors des conférences de presse. Nous avions pu admirer ses performances surréalistes au moment de la séparation du roi et de sa reine, lorsque, péniblement, il niait ce que tout le monde savait à savoir la rupture, qui du reste fut le fer de lance de la campagne du petit roi, comme quoi il arrive que les candidats tiennent leurs promesses, du moins littéralement parlant. D’ailleurs question pouvoir d’achat il su augmenter le sien ce qui est déjà un début, non ?
Bref, Sarkozy proposant son « Versailles » au brave Martinon tel un cadeau pour sa douce Cécilia, mais une fois partie, le roi n’eu plus de raison de cajoler le Martinon. De plus, une armée de dangereux septuagénaires firent ce que le « village »n’avait jamais vu : une manifestation ! Rappelez-vous du slogan révolutionnaire : « Martinon, non, non » scandé par les autochtones. Ainsi il y eu une frayeur dans la cour du roi, et si la déconvenue électorale pressentie se faisait sentir jusque dans le fief intime du locataire de l’Elysée ?
Entre en scène le dauphin, nommé Jean, jurant naguère fidélité « à mort » au benêt Martinon puis, tel un homme de main de pacotille, il poignarda la tête de liste un dimanche de février devant les caméras au parfum d’un « coup d’éclat ». Je n’ai aucune sympathie pour Martinon mais l’image de cet homme abattu lâchement et publiquement par un traître me donna la nausée !
Ceci donnant réflexion sur cela, je souhaiterais mettre l’accent sur un paradoxe de Monsieur Sarkozy. Cet homme qui doit sa propre élection à sa communication va faire perdre son camp aussi sur sa communication que je qualifierais de « passive ». La communication « active » qui l’amena à la tête des Français et d’avoir su créer « l’événement » en se déplaçant dans un commissariat, en allant parler à un pompier blessé… qui n’a rien appris sur sa politique mais qui donna l’impression qu’il était actif. Par contre, sa communication « passive » nous en apprend bien plus sur l’homme. En 1983, il profite d’un problème de santé de Charles Pasqua pour se faire élire comme maire de Neuilly ; il use une nouvelle fois du couteau dans le dos pour planter Chirac au profit de Balladur, ce qui le fit tomber en disgrâce durant sept ans. Arrive l’épisode du déballage de sa vie privée avec Cécilia, de la première rupture et du retour aux bercails ; la première image en tant que chef de l’Etat qui va bouffer au Fouquet’s, puis ses vacances sur le Yacht de Bolloré ; la vente de nucléaire et d’armes à Kadhafi ; le discours de Dakar et le discours en Arabie Saoudite sur les bienfaits de la religion ; les tests ADN et ses théories fumeuses sur les gènes ; l’étalage indécent de richesses avec son augmentation de 140 %, l’utilisation du fils de sa nouvelle femme pour se donner une image de papa poule alors que le gosse, sur les épaules du Président, se cache le visage pour échapper aux flashs des photographes ; et aujourd’hui, le lynchage de Martinon en se servant de la main de son fils. D’où le paradoxe, comment un homme dont le principal intérêt est son reflet dans le petit écran peut-il à se point donner « involontairement » de lui une image aussi détestable qui, à défaut de lui avoir fait perdre l’élection présidentielle, le fait à ce point chuter dans les sondages d’opinion ? Il serait, pour l’histoire, d’un côté amusant que Neuilly devienne la Bastille de notre roi « bling bling » car nous ne retiendrions de la défaite de la droite lors d’une élection de proximité que l’exemple de la ville la moins représentative du pays.
 

Anthony Casanova.

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