Le coq des bruyères hebdo... suite
N°60 année 2008
Edito

Sarkozy est une légende !

« J’ai bien peur que la fin du monde soit bien triste » (Brassens)

Il faut se « serrer la ceinture » de nos jours. Il n’y a plus de pétrole, les cigarettes deviennent un luxe ; même les pâtes, aliment de base, du sans-le-sou ne sont plus accessible à toutes les bourses. En ce début d’année, par bienséance, nous souhaitons à tout le monde une « bonne année ». C’est une tradition agréable. On souhaite du bonheur à tout le monde, et on en espère un peu plus pour sa pomme puisque on ne peut être heureux que si l’on sait que le malheur existe. Autre tradition agréable, au mois de mai, lorsque les coquelicots montreront leurs fesses rougeâtres, nous espèrerons un nouveau « mai 68 ». Dès que l’on entend parler d’une grève, on sourit en imaginant les manifestantes en minijupe qui se laisseront aller à rêver d’un monde meilleur en faisant l’amour dans les couloirs de la Sorbonne… mais l’ambiance n’y est plus, il manque toujours un truc et péniblement, on s’aperçoit que la Sorbonne ressemble de plus en plus à un musée… elle ressemble de plus en plus au bâtiment juste à côté : le Panthéon. La Sorbonne n’est plus qu’un Panthéon de la révolte… un musée disais-je, un cimetière étudiant où l’on ne songe point à « refaire le monde » mais à se faire une bonne situation.
Ainsi, le mois de mai passe et on se rend compte que 68 ça voulait dire 1968 et que nous sommes bêtement en 2008. Pourquoi la « révolte joyeuse » ne redémarre plus, semble pester ceux qui aimeraient bien participer à une partie fine dans l’amphithéâtre principal de la Sorbonne tout en rêvant d’avenir ? La réponse est triste comme la dernière goutte de la dernière bouteille de vin un soir où l’on a soif : Les manifestations ne demandent plus des « revendications impossibles » mais à ne pas avoir des « conditions de vie impossibles » ; en gros, nous ne voulons pas PLUS, nous luttons pour ne pas avoir MOINS ! La différence est qu’il n’y a nul rêve d’avenir, seulement un besoin de survivre.
Mais il subsiste un dernier vestige de mai 68. Une dernière preuve que ce mois de mai n’est pas une légende que l’on raconte aux lycéens, pour leur faire espérer un dépucelage décadent en plein milieu de la faculté de leur choix. Ce vestige, cette dernière statue, c’est notre Président de la République Monsieur Nicolas Sarkozy. Sans mai 68, jamais un homme au couple bancal, à la famille recomposée, un homme issu de l’immigration, enfant de la communication publicitaire n’aurait pu espérer arriver à ce poste ! Sans mai 68 pas de Sarkozy. C’est grâce à mai 68 que « tout est possible » ! Et c’est tant mieux, même si nous pourrions déplorer qu’inlassablement les victoires de la gauche ne servent que les desseins de la droite.

Au cinéma sort un film intitulé « Je suis une légende » de Francis Lawrence avec Will Smith. Ce film est un remake du « Survivant » de Boris Sagal avec Charlton Heston, adapté d’un roman de Richard Matheson. L’histoire est simple : un homme se retrouve seul le jour mais il est poursuivit par des sortes de vampires la nuit. La réflexion est la suivante : dans notre monde le vampire est une légende, dans un monde vampirique l’humanité est une légende. J’ai en tête l’image de Charlton Heston, seul dans une salle de cinéma, regardant des « vieux » films pour passer le temps, oisif toute la journée, essayant d’oublier que cette nuit, comme toutes les nuits, il va devoir se battre pour survivre.
Les vampires n’agissent que par instinct, ils doivent se cacher de la lumière, se nourrir, se sont des créatures de « l’ombre ». Ils nous terrorisent et nous pensons qu’ils n’ont qu’un but : que nous devenions comme eux. Le vampire ne connaît pas le repos, la flânerie, car il a faim. Il est affamé et quand on est affamé, on ne pense pas à sortir au cinéma, chercher une pièce de théâtre ou donner rendez-vous à des potes pour boire un verre qui, au contraire de Charlton Heston, ne restera pas seul très longtemps. Ainsi l’appellation « mort-vivant » prend toute sa définition. Ils sont vivants, certes, mais pas assez pour vivre.
La France, elle aussi se vampirise. Nous regardons la misère comme Heston regardait les vampires, en ayant peur d’être comme eux. Mais les pauvres n’ont pas de longues dents (symbole de la faim), ils sont simplement là. Comment ne pas devenir comme eux, s’interroge le futur Dracula de banlieue ? En acceptant tout ! Votre patron vous propose de revenir aux 45 heures hebdomadaires, vous lui dîtes oui ! Il faut travailler, et comme l'a dit Christine Lagarde : « Les français ne veulent plus d’une société de loisirs » ! On ne refait plus le monde, on doit juste se battre pour encore en faire partie ! Machinalement, on survie, on passe sa journée stressé de devoir survivre, de ne pas s’arrêter car aujourd’hui ce n’est plus « métro boulot dodo » mais « métro boulot métro boulot dodo ». Dans cette société où chacun essaye d’avoir les canines et les incisives plus longues que les autres, un homme, un seul homme profite. Il a besoin d’un avion, on lui en prête un. Il a besoin d’un bateau, on lui en prête un. S’il a faim, c’est dans le meilleur restaurant qu’il va se remplir l’estomac. S’il veut savoir l’heure, c’est le plus grand horloger qui la lui donnera. Pour lui plus rien n’est impossible… pour les autres rien n’est plus possible.
Cet homme est une légende ! Il est le fameux « rêve américain » sauf qu’il a tant vampirisé ce rêve, qu’il ne peut être que le seul à le vivre. Il est tout, un chef, une star, une idole que beaucoup veulent combattre mais qui fascine bien plus. On ne parle que de lui, on phantasme son pouvoir en imaginant que tout le monde est à sa botte ; par exemple en titrant « les médias mentent » à la Une d’un journal d’ « opposition » comme si plus personne n’était libre. Tous les chemins ne mènent plus qu’à Rome et IL est Rome.
La légende continue inlassablement, on espère un autre juillet 89, un autre mai 68, un autre monde, une autre vie après la mort… alors, inlassablement on se donne rendez-vous à la Bastille au mois de mai pour dire qu’un autre monde est possible… mais la Bastille n’est plus qu’un opéra, le mois de mai qu’un mois sur douze et de monde il n’y en a qu’un… alors, les vampires cherchent, assoiffés de sang, le dernier homme pour en faire leur semblable.

Mais on ne sait jamais, peut-être qu’un jour, les vampires chercheront le dernier homme non plus à la Bastille mais au Palais Brongniart (ex-siège de la Bourse de Paris, aujourd’hui « maison » d’Euronext), qu’ils ne voudront plus faire du dernier homme un vampire, mais changer les vampires en Homme ! Ce jour là, tout le monde se fichera de savoir si nous sommes en mai en mars ou en germinal. Un autre monde ne sera plus possible car celui-ci sera définitivement le bon, le seul, l’unique ! Car comme aurait pu dire Tarzan : « ce n’est parce qu’on vit dans la jungle qu’on doit se conduire en fauve ! »
Feliz año nueve chers lecteurs du Coq des Bruyères.
 

Anthony Casanova.

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