Le coq des bruyères hebdo... suite
N°56 année 2007
Edito

Le Caveau et les fossoyeurs

« Honte à cet effronté qui peut chanter quand Rome brûle, elle brûle tout le temps » (Brassens)

Chers lecteurs, vous n’ignorez pas qu’il y a eu, dans ce journal, plusieurs papiers « vantant » le « Caveau de la République ». Plusieurs papiers qui firent du Coq des Bruyères le petit artisan d’un petit lynchage pour les uns ou le grand chevalier des vertus chansonnières pour je-ne-sais-qui. Ainsi, j’ai voulu voir à quoi ressemblait le spectacle du « Caveau de la République » : « Courage Fillon ».
Mais avant mon avis sur le spectacle, je souhaite dire un mot sur la censure au sens large. La censure est, quand elle est au service du pouvoir ou du conservatisme, une gangrène qu’il faut dénoncer et combattre. La plupart des « artistes » que l’on peut admirer dans les médias, n’ont rien à craindre de la censure. Puisqu’il faut s’accrocher pour dénicher dans leurs propos ou leur humour une légère trace de pertinence ou d’intelligence, ils n’auront jamais à craindre la bonne foudre des censeurs. La censure ça se mérite et personne n’en est vraiment digne, hormis Didier Porte qui, tout en étant le meilleur chroniqueur humoristique à la radio, reste l’un des derniers artistes médiatisés à devoir « craindre » le différé et les jolis ciseaux bien chastes offert au montage final. De nos jours, la censure passe par l’ignorance et non par le combat médiatique comme ce fut le cas du temps de l’ORTF. Les médias choisissent des rebelles pour midinettes et laissent faire le commerce. Les maisons de disques balisant pour les téléchargements illégaux ne prennent plus le risque de miser sur des artistes qui ne font pas les beaux jours des pubs et des chansons dans les superettes. Si le succès n’est pas rapide il n’est pas rentable, donc vive la Star Academy où le bon peuple vote pour « l’artiste » à qui il achèterait probablement un disque.
La censure n’existe que pour très peu d’artistes, mais il ne faut pas confondre censure et « ligne directrice ». Je m’explique, vous êtes directeur de théâtre pour les enfants et l’un des artistes que vous engagez se met entre deux comptines à balancer des textes pornographiques devant des gnomes qui ni pigent rien et des parents qui se demandent s’ils ne se sont pas trompés de porte. Même si vous n’êtes pas l’ORTF, vous allez sans doute dire à l’artiste : « écoute mon pote, tes chansons c’est sympa, mais t’es hors sujet ». Autre exemple, vous avez un théâtre comique et l’un de vos « comiques » se met à être antisémite, raciste ou homophobe ; peut-être n’auriez vous pas envie d’être celui qui lui offre une tribune ? On pourra vous rétorquer qu’une erreur de casting ça se paye, mais qui pourra vous en vouloir d’envoyer bouler une sorte de Michel Leeb plaçant l’Africain au même stade que le singe ?

Après toutes les critiques sur le « Caveau », j’ai décidé d’aller voir le spectacle. Honnêtement, ce fut une excellente surprise. Tout d’abord une belle salle avec, sur les murs, de superbes dessins des « maîtres » de la caricature (Charb, Luz, Cabu, Tignous, Lefred-Thouron…) et un beau piano près de la scène. Même Roucas m’a fait sourire, pourtant j’attendais son set comme un môme attend une piqûre… Juste un reproche à lui faire, il se moque de la télé réalité en « oubliant » l’autodérision, sinon ça allait… je n’ai pas eu l’emmerdement que me procurent bien des comiques. Comme je suis client de l’humour noir et du rire impie, laissez-moi vous dire que je me suis régalé en écoutant Paul Adam. Dans son set, Adam enterre sa femme, présente un cirque où les ministres ont remplacé la femme à barbe et les autres « monstres » forains. Puis, il termine le tout par une charge anticléricale à faire uriner sous lui de rire le plus sectaire de nos archevêques. Il y a aussi Olivier Perrin et sa verve cynique sur les têtes à claques qui nous gouvernent. Sans oublier Félix Lobo et Eric Mie qui ont de bonnes chansons et surtout, qui savent offrir une mise en scène efficace malgré un set trop court. En allant au « Caveau » vous aurez aussi le plaisir d’entendre un pianiste, Sylvian Coudène, qui s’occupe des transitions entre les artistes avec beaucoup d’humour et, pour les amateurs de musique, il fait des clins d’œil à des morceaux classiques ou à des comédies musicales entre les artistes.

Soyons sérieux, ma signature aura moins de « poids » que celle des artistes qui ont parlé les semaines précédentes du « Caveau » dans le « Coq des Bruyères ». Mais je ne peux dire qu’une chose, j’y suis allé en ayant peur de passer une « longue » soirée et j’en suis ressorti avec l’envie d’y ramener du monde.

Post-scriptum : Après le merveilleux livre de Cavanna « l’Aurore de l’Humanité » que je vous recommandais, mes petits problèmes sur le net et cette invitation au « Caveau de la République », la semaine prochaine je reviens à l’actualité.
Post-scriptum 2 : Le second album de Martial & Anthony sera disponible début 2008, pour ceux qui nous le réclament mille excuses pour le retard et encore merci pour votre empressement.


Anthony Casanova.

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