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Bête et méchant… et indispensable
« Ma dernière parole soit
Quelques vers de Maître François,
Et que j’emporte entre les dents
Un flocon des neiges d’antan… » (Brassens)
Bien sûr, il y a les politiciens, la gauche, la droite et les autres… bien sûr il y a les guerres, les famines, le tiers monde qui a faim et le beau monde que ça dérange… bien sûr il y a l’actualité parfois lassante de ses hommes imbus de leur pouvoir… mais cette semaine je m’autorise – il n’y a pas de meilleure autorité que la sienne – à vous parler d’autre chose.
Je voudrais vous parler d’un livre et aussi un peu de son auteur. J’ai une relation particulière avec cet auteur puisque c’est lui qui m’a donné envie de lire. Avant de rencontrer l’un de ses livres, je n’avais rien ou presque rien lu et puis, au contact de ses phrases qui sonnent comme une belle claque sur de jolies fesses, j’ai trouvé tellement de plaisir qu’après avoir lu une grande partie de son œuvre - une vingtaine de livre - j’eu l’envie de découvrir d’autres auteurs, d’autres univers. Cet écrivain à qui je dois beaucoup c’est François Cavanna. Le papa de Charlie hebdo.
Si je parle de lui aujourd’hui, c’est tout d’abord parce que personne n’en parle, qu’il est l’un des plus grands écrivains français et aussi, pour ne pas dire surtout, l’inventeur de la presse moderne. Avant lui la France était un pays de vieux cons qui sortaient d’une guerre qu’ils faisaient semblant d’avoir gagnée, puis après lui, la France resta un pays de vieux cons mais au moins elle se marrait. Sans Cavanna pas de Cabu, de Reiser, de Topor, de Gébé, de Delfeil de Ton, de Willem, de Wolinski, de Fluide glaciale ; sans Cavanna : rien, même pas de professeur Choron. Pour ceux qui ont lu la genèse d’Hara-Kiri, Georges Bernier n’était que colporteur dans le journal « Zéro » où Cavanna et le dessinateur Fred bossaient. Ensemble ils firent un journal, le seul journal qui avait de la gueule depuis que le couple Maréchal, en 1915, eu la bonne idée de sortir le « Canard enchaîné » : « Hara-Kiri » et son fiston d’après censure « Charlie hebdo ».
Aujourd’hui, le rabelaisien Cavanna voit l’un de ses trésors réédité et pas n’importe lequel ! Il s’agît de trois livres pour la première fois réunis sous le titre : « L’aurore de L’Humanité ». Ce livre raconte le monde, sa création, son Histoire avec aussi et surtout l’Homme, cette bête curieuse qui ne comprend jamais rien. Cavanna y explique les premières fois : « Parce qu’il a peur la nuit, l’Homme crée Dieu à son image », la découvert du travail, de la femme… ce livre est essentiel, ce livre est le livre qui donne de la gueule à une bibliothèque… même vide !
Goûter les titres des trois volumes : « Et le singe devint con », « Le con se surpasse », « Mais où s’arrêtera t-il ? ». C’est, à mon avis, avec « Les Ecritures » et l’ « Encyclopédie bête et méchante » le livre représentant au mieux la verve satirique du merveilleux Rital à moustache.
410 pages de bonheur pour 26 €, ça fait moins de 9 € le livre. De plus, vous allez rire c’est certain bande de voyous, de ce rire jubilatoire que seul Cavanna sait provoquer avec maestria tout au long de ce gros livre qui est du même forma que « Cavanna à Charlie hebdo 1969-1981 » paru lui aussi chez Hoëbeke, vous recevrez une leçon d’humour, de doute, de liberté et, ce n’est pas négligeable de poésie.
Peut-être même que vous allez tellement rire que vous en crèverez. Cavanna est l’écrivain dont l’œuvre est drôle, intelligente, désespérée et qui, malgré tout, rend heureux celui qui la découvre, celui qui la parcoure goulûment. Il écrit tellement bien le bougre qu’à la fin d’un de ses livres, on se sent seul.
Je parle surtout à ceux qui n’ont jamais lu Cavanna, ou à ceux qui n’ont lu que « Les Ritals », allez-y, achetez cette merveille vous me remercierez plus tard.
Anthony Casanova.
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