Le coq des bruyères hebdo... suite
N°51 année 2007
Edito

Les grévistes ou les nouveaux monstres

« Si l’on ne mourait plus je crèverais de faim sur mon talus » (Brassens)

Il faut avoir un sacré culot de profiteur, imbu de ses privilèges, pour avoir le toupet de faire grève ! Rendez-vous compte chers lecteurs qu’alors que la France, notre beau pays aux seules couleurs qui ne déteignent pas, est en faillite, ces fainéants de la RATP osent tout de même sécher leur pointeuse électronique en empêchant égoïstement et honteusement, l’honnête citoyen vertueux de rejoindre son travail. Tout ça pour ne pas travailler autant que les autres ! Ces charognards de syndicalistes ont la prétention d’arriver à l’âge de la retraite en bonne santé ! Pour qui se prennent-ils ? Peut-être veulent-ils en plus de cette état de grâce accordé pour de vagues histoires de pénibilité de travail, trouer notre pauvre sécurité sociale un petit peu plus au point de la faire ressembler à la couche d’ozone après quelques flatulences bovines ou à la suite d’un concert de Michel Sardou, ce qui revient peu ou prou à la même chose me direz-vous, mais bon. Non, peuple français, râlons contre les grévistes qui prennent en otage notre volonté d’arriver au boulot à l’heure. Le travail, comme l’a dit notre président, est une vertu ; ainsi, fort logiquement les grévistes sont de beaux vicelards.
Il faut vivre à Paris et prendre le métro pour comprendre la douleur d’un usager. Certes en province on s’en branle du métropolitain, mais un quai sans train c’est comme une fille sans petite culotte ça ne se fait pas ! C’est contre la morale, alors au boulot !
Pour répondre à un lecteur qui me demandait, avec humour, si à force de faire des éditos aussi chiants que moralisateurs, je n’étais pas entrain de postuler à Charlie hebdo [édito sur l’ADN (ndla)], j’ai décidé à la suite d'une grande réflexion de tenter d’investir plutôt, via le Coq des bruyères, la rédaction de TF1, ce qui me semble être bien plus lucratif.
La première partie de cet édito est, à peu de chose près, le fond de tous les journaux télévisés que j’ai vu. Ils sont brillants au gouvernement, les progrès sociaux sont d’un autre temps et la « libéralisation » du travail une avancée. C’est fou ce qu’on peut faire du mot « liberté ». « Libérer le travail » pour travailler plus et plus longtemps et au niveau de la syntaxe une aberration. Par exemple, si je libère un prisonnier, il n’est plus en prison ; donc la véritable libéralisation du travail c’est la retraite ou le progrès social mais certainement pas le « bosser plus pour gagner plus ». On ne libère que d’un enfermement et non le contraire. Je ne dis pas que le travail est un enfermement même si je le pense, mais il faudrait veiller à ne plus employer les dérivés du mot « liberté » dans n’importe quelle situation. L’effet pervers de l’expression « libérer le travail », c’est de faire passer ceux qui défendent leurs acquis sociaux pour des sectaires liberticides. A ce propos il y a peut-être des acquis mais personne n’est contre qu’il y en ait plus. La CGT, FO et les autres ne voient pas le code du travail comme Madame Boutin voit la Bible, ils tiennent simplement à ce que Zola et son Germinal reste un livre historique et non une œuvre d’anticipation. Au moment des 35 heures, il n’y eu pas de grèves. Le métro passait normalement. Il est probable qu’un patron voulu partir en grève mais il n’eu sans doute pas le cœur de prendre en otage ses gentils ouvriers.

Le privé contre les fonctionnaires, quel beau combat. Les grévistes contre ceux qui grâce à la « libéralisation » du travail ne peuvent plus se permettre de faire grève. Il est de bon ton de railler les fonctionnaires, fainéants, grévistes, privilégiés, des infirmiers à l’administration tous des légumes disent ceux qui savent les enjeux hautement économiques d’un pays riche en faillite - sauf quand il faut acheter des armes aux patrons de presse- qui crie famine. Dans les critiques des fonctionnaires il y a comme perle la « sécurité de l’emploi ». Oh les vilains qui ne peuvent pas se faire jeter comme une merde selon l’humeur du patron. Le gouvernement s’attaque aux fonctionnaires car il sait que s’il n’y a plus de fonctionnaire il n’y a plus de lutte sociale, plus de révolte plus de manifestation. Le statut de fonctionnaire n’est pas le boulet qu’il faut traîner mais l’exemple à suivre. La précarité, dont il faudrait s’accommoder, ne plait aux grands patrons que lorsqu’elle touche les « petits », sinon les parachutes dorés et l’affaire EADS n’auraient pas lieu ! Ils aiment la sécurité financière et ne s’en privent pas.

Le grand problème des syndicats c’est qu’ils n’achètent pas les avions de Monsieur Dassault, sinon notre brave président serait plus compréhensif comme il sait l’être avec Monsieur Kadhafi preneur d’otage et dictateur professionnel.
C’est vrai que Monsieur Kadhafi ne conduit pas le métro et qu’il ne perturbe pas la circulation autoroutière ; ça doit aider à garder de bons rapports avec notre gouvernement et à être invité à NOS frais à l’Elysée. Bien sûr, la diplomatie nous oblige à recevoir Poutine et autres partenaires qui ont le pouvoir de faire basculer dans le bon ou le mauvais sens une crise mondiale. Mais Kadhafi pestiféré international aura droit à notre tapis aussi rouge que le sol d’une prison libyenne ! L’Elysée a fait savoir qu’il fallait « rendre la pareille » à la Libye. Je ne savais pas que l’affaire des infirmières bulgares et du médecin palestinien était du niveau de la courtoisie. Mais je me trompe souvent. Espérons pour les braves usagers pris en otage par Air France que prochainement, en cas de grève, et dans le cadre de la « libéralisation du travail » le service minimum sera assuré par LIBYE AIR LINES.

Anthony Casanova

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