Le coq des bruyères hebdo... suite
N°50 année 2007
Edito

Une défaite pour une victoire

« Est-il encore debout le chêne ou le sapin de mon cercueil » (Brassens)

A moins de sortir d’un coma profond ou d’une semaine de parties fines dans un château au fin fond de la Bourgogne, vous ne pouviez ignorer la victoire de l’équipe de France de rugby contre les néo-zélandais et leur défaite, le week-end suivant, contre le « XV de la rose » c'est-à-dire les anglais of course. Honni qui mal y pense, je ne me réjouis jamais du malheur des autres… mais je mentirais par omission si je n’avouais m’être fumé un cigare en forme de barreau de chaise pour l’occasion. Pour vous parler un peu de ma vie, la semaine dernière j’étais sur Paris lors du match contre les « black » et j’ai pu voir, que dis-je voir, admirer le bonheur braillard des supporters gaulois à coup de klaxon et de sang impur qui s’en va uriner sur les sillons sans relever la cuvette. La joie, l’ivresse, la jouissance d’homo sapiens comme vous et moi, me fit ressasser une vielle misanthropie qui, toujours, me fait la surprise de se réveiller du pied gauche dans ses moments là.
Un autre soir de la semaine qui suivit la « victoire historique », selon les journaleux qui relatent les événements « historiques » toutes les semaines, j’eu le plaisir d’entendre durant cinq stations du dernier métro parisien, la douce mélodie de l’hymne franchouillard beuglée ou vomi - je n’ai pu faire la différence, j’eu la chance de rentrer dans un autre wagon - par quelques fervents défenseurs de tout ce qui touche au torchon tricolore, qui eurent l’instinct d’alterner les « enfants de la Patrie… » par un « anglais enculés » répéte un certain nombre de fois pour que les mêmes mots puissent servir de couplet et de refrain à volonté ; le tout entrecoupé par la chanson universelle de la lettre « o » reprise dans tous les stades, manifestations et concert où la foule est trop nombreuse pour être digne. Fameuse chanson n’utilisant que la lettre « o » et qui donne au primate comme au supporter une délicieuse bouche en cul de poule en pleine crise de diarrhée aiguë. Par contre, c’est bien loin de la capitale, dans un petit village de la haute Savoie, que j’eu la surprise d’apprendre la victoire british.

S’il y en a un qui doit être triste c’est bien notre président à nous qui eu cette merveilleuse phrase rapportée par l’indispensable Canard enchaîné « si la France gagne la coupe du monde c’est deux mois de paix ». Alors je remercie chaleureusement les joueurs de l’homme sandwich Bernard Laporte, qui ont fait un acte citoyen en perdant ce samedi 13 octobre, la vielle du meeting organisé par SOS racisme, Libération et Charlie hebdo pour faire barrage à l’eugénisme. Nos braves représentants en maillot bleu, par leur élimination, laissèrent par conséquent l’ouverture des journaux à d'autres événements d’une actualité qui risque d'être plus « historique » qu’une victoire des bleus contre les noirs ou les blancs à la rose.
Malheur si la France, enivrée de rugby et de place en finale, avait reléguée la lutte contre les tests ADN dans la rubrique des chiens écrasés d’un quelconque journal de la nuit ! Sarkozy, Fillon et les « détails » auraient pu surfer sur un abrutissement général d’une population trop occupée à acclamer ses « héros » plutôt que défendre de vieux idéaux révolutionnaires et républicains poussiéreux.
A ce propos, il faudrait cesser d’appeler un commentateur sportif un « journaliste », car si le rôle d’un journaliste et de donner une information, de la relayer dans un esprit certes un brin partisan mais, au moins, de manière réaliste ; lorsqu’il s’agit de sport c’est tout le contraire. A grand coup de « match du siècle », « événement historique », « plus grande équipe de tous les temps » et autres superlatifs, avouons qu’en sport les « journalistes » désinforment outrageusement, sont partiaux, et emmènent ceux qu’ils doivent informer dans les hautes sphères du phantasme surréaliste ! Ni journaliste ni commentateur mais nous devrions les nommer les bonni menteurs sportifs, ce serait bien plus approprié.

Pour finir, j’adresse sans ironie un grand merci à l’équipe de France de rugby qui, dans ce contexte d’actualité génétique, a, paradoxe à part, rendu un grand service à son pays en perdant? Ainsi, ils laissent une chance de victoire à d’autres « événements » qui auront bien plus de poids dans l’Histoire que le gain de pauvres trophées qui font un petit tour sur les Champs-élysées et qui s’en vont finir leur vie dans le prochain almanach « historique » du « journal » L’Equipe.

Anthony Casanova.

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