Le coq des bruyères hebdo... suite
N°46 année 2007
Edito

La France a pris une branlée, je suis fier d’être Français

 

« Je sais que les guerriers de Sparte ne plantaient pas leurs épées dans l’eau. » (Brassens)

Nous apprenons dans le journal Libération du 7 septembre, que le cri de ralliement des joueurs de l’équipe de France de rugby est : « spartiates ». Tout d’abord ne jouons pas les surpris, ce n’est pas par européanisme que nos cocardiers en short crient le nom d’une ville qui eu son heure de gloire au Vème siècle pour se donner du courage. Sparte la guerrière, l’impérialiste, la ville qui déclancha les hostilités contre toute la Grèce et une partie de la Perse, pour le plaisir du combat et de la domination fait rêver l’équipe de France. Sparte l’ennemi d’Athènes, la ville, la cité qui inventa la démocratie, qui offrit les grandes bases de la philosophie au monde. Aujourd’hui Athènes est la capitale du pays et Sparte n’est qu’un champ de ruine.

Donc Bernard Laporte -qui entrera à la fin de la coupe du monde dans le gouvernement du pays des Droits de l’Homme- est heureux d’expliquer la culture édifiante de ses joueurs, en disant que « spartiate » veut dire, pour le sélectionneur, « seule la victoire est belle ». Quelle belle image ! J’ai hâte de voir l’œuvre de Laporte en secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse et des Sports.

« Seule la victoire est belle », quel message pour la jeunesse ! Nous vivons dans le culte du résultat et de la performance, si tu perds t’es un minable si tu gagnes tu reçois la Légion d’honneur, ça respire la philanthropie et l’entraide à plein nez. Le sport n’est qu’une pompe à fric, doublée d’une pompe à merde, qui recyclent les neurones en flatulence verbale. La preuve ces imbéciles de rugbymans en viennent à idéaliser les guerriers de Sparte ! Mais allons plus loin, la prochaine fois ils peuvent beugler : « vive les Huns ! » en pensant que des Huns vient le mot unis, « Vive les grognards » pour rester en France ou « SS » pour signifier qu’il n’auront pas de pitié. Mais, comme diraient ceux qui se masturbent toutes les fois que le sang, la sueur et le score se mélangent : « au rugby il n’y a pas d’hooligans ». La belle affaire, les supporters n’ont pas besoin de se foutre sur la gueule, les joueurs s’en chargent. Au foot, les crétins dans les tribunes sont frustrés de voir que leur pays (ville, village) ne soit pas défendu virilement et correctement. Alors, ayant l’intime conviction que les joueurs « n’ont pas une seule couille pour onze bonhommes », les fiers supporters qui pensent aussi que « seule la victoire est belle », partent casser la gueule des cons d’en face. Le hockey, le rugby, le foot US, le handball, la boxe n’ont pas de hooligans, non parce qu'ils sont plus intelligents mais tout simplement parce que le quota de violence dont ils avaient besoin est rempli. Le foot frustre par sa violence cachée sur le terrain ; qu’y a-t-il de visuellement plus lâche qu’un tacle, qu’un croche-patte ? Tandis que le rugby exulte une violence assumée, une violence « d’homme ».

Le gouvernement, sous les ordres de notre président, a décentralisé le conseil des ministres en Alsace. Belle région qui cumule le meilleur pourcentage de vote pour notre président et qui possède un riche folklore passant des cigognes aux écoles religieuses en faisant un petit détour par la profanation de tombes juives. Mais l’Alsace c’est aussi Strasbourg, la ville européenne. Et, soyons sincère, c’est un déplacement qui flatte autant les régionalistes que les proeuropéens. Mais, coupe du monde oblige, pour soutenir le patriotisme d’opérette, tous les ministres portaient du bleu pour afficher leur attachement à l’équipe nationale et aussi à leur futur collègue de travail Bernard Laporte.

Sarkozy aurait pu laisser une trace comme le président qui fait voyager ses ministres tous les mercredis, mais il n’a pu s’empêcher de jouer la carte « beauf » en demandant à tous ses ministres de porter du bleu. Mitterrand, pour qui j’ai une faible estime, voulu marquer l’Histoire en fleurissant la tombe de Jaurès tandis qu’un orchestre interprétait la 9ème symphonie de Beethoven. Il savait que cette image resterait et que ce n’était pas la Marseillaise qu’il fallait interpréter. Sarkozy entre le Fouquet’s, un yacht et une chanson de Mireille Mathieu marquera l’Histoire de la même manière qu’un nouveau né marque sa couche culotte.

A ne jamais faire la différence entre l’éphémère (rugby) et ce qui reste dans les mémoires, Sarkozy finira par occuper la rubrique « chiens écrasés » dans les livres d’Histoire. Ainsi les enfants de vos enfants apprendront qu’un jour nous avons élu un type qui offrit une place de secrétaire d’Etat à un entraîneur de rugby dont les compétences et la popularité, se résumaient à avoir son nom sur des paquets de jambon, des casinos, des bouteilles de vins, la poste, des voitures, de la bouffe pour chien, des pâtes, rasoirs, champagne, restaurants, campings… en gros, d’avoir fait d’un homme-sandwich un homme d’Etat. Mais Rendons à César ce qui appartient au peuple, quand on mène une politique de merde autant utiliser celui qui à l’habitude d’en vendre.  

Anthony Casanova.


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