Le coq des bruyères hebdo... suite
N°42 année 2007
le coq info
L’édito

Les catholiques ont la vierge les communistes ont un puceau.

« Aucune idée n’est digne d’un trépas » Brassens

La dernière lettre de Guy Môquet sera lu en classe l’année prochaine. C’est pas beau ça ? L’émotion bien larmoyante d’un garçon de 17 piges qui écrit à sa maman qu’il va crever. Aragon en fit l’un de ses « Martyrs », Sarkozy en fait un modèle pour nos jeunes boutonneux. Il ne reste plus qu’à demander à Nicolas si après le gêne du suicide il existe le gêne du sacrifice, du courage et du mélodrame ? Connaissant les affinités du président avec la chaîne d’Etat TF1, j’attends avec impatience le téléfilm retraçant la courte vie du jeune Guy Môquet avec dans le rôle principal Steevy. Merveille lacrymale que la lettre d’un gosse à sa « petite maman », si on chiale pas dans les chaumières avec cette lettre d’une telle niaiserie qu’elle ferait rougir les chansons de Barbelivien c’est qu’on n’a pas de cœur ! Ca tombe bien, j’en ai pas.
La littérature étant absente de la copie, on peut se demander à quoi va servir la bafouille du petit Guy ? A montrer aux ados, déjà si propice au suicide que si l’on sert une cause, la mort n’est pas inutile ? Que le vilain Sarkozy a un cœur gros comme un Yacht de milliardaire ? J’en sais rien mais en tout cas c’est une apologie du sacrifice que nous servira l’Education nationale dès la rentrée. J’imagine la tête des mamans lors de la fête des mères qui recevront la lettre du petit Guy gravée sur le collier de nouille que la maîtresse confectionne pour attirer la sympathie des parents. C’est à vomir.

Guy est mort puceau. Il est là le drame. Rendez-vous compte que le seul plaisir qu’il connu ne lui fut accordé que par la paume de sa main ! Il est mort sans savoir que Staline était un tyran, que l’homme allait marcher sur la lune, sans écouter une chanson de Brassens et pire que tout : il est mort communiste ! Guy n’a pas eu la joie de changer d’avis, de vivre, de douter ! D’ailleurs dans sa fameuse lettre il dit à son père : « Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée » quel bel exemple de l’obéissance du fiston envers son papa. Guy est mort à dix sept ans sans avoir batifolé avec une femme, un homme ou, pour les connaisseurs, sans avoir eu le plaisir mêlé d’angoisses de participer à une partouze. En 1968, Guy aurait eu 42 ans. Qu’aurait-il pensé de cette période d’insouciance, lui qui mourut sans peut-être savoir ce qu’était une sodomie ?
Dans le camps où il fut enfermé, Guy eu une amourette platonique et dans « Lettres des fusillés de Châteaubriant (Amicale de Châteaubriant Voves-Rouillé, 1989) » on peut lire la dernière lettre qu’il adressa a son premier amour :

« Ma petite Odette, Je vais mourir avec mes 26 camarades, nous sommes courageux. Ce que je regrette est de n'avoir pas eu ce que tu m'as promis.
Mille grosses caresses
De ton camarade qui t'aime
Guy ».

La voilà la tragédie, un gosse qui n’eu pas la joie d’être un adulte, de faire l’amour et qui ne demandait que ça ! Mais au lieu de cette lettre, de cette vision du jeune Guy Môquet c’est celle du gentil garçon à sa maman que l’on donne. Un puceau ça rassure, un héros ça ne bande pas c’est comme les adversaires de mai 68, ils ne baisent pas, ils se reproduisent.
Les martyrs et les héros sont des cons et sans doute que Guy Môquet aurait préféré être un anonyme faisant ce qu’il peut de sa vie pour être heureux qu’un modèle du sacrifice proposé par un président sans scrupule.
Guy Môquet n’était pas un héros mais seulement un garçon victime d’une identité nationale exacerbée qui poussa des hommes à en exterminer d’autres pour affirmer leur race. Guy Môquet n’appartient ni à la gauche ni à la droite, mais seulement aux victimes de la barbarie dont le plus grand souhait, comme tous ceux de son âge, était de goûter à ce que sa jolie camarade lui avait promis.

Anthony Casanova

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