Le coq des bruyères hebdo... suite
N°41 année 2007
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L’édito

Faire ou ne pas faire

« Le plus cornard des deux n’est pas celui qu’on croit  » (Brassens)


C’est fait, Monsieur Bernard Kouchner est au gouvernement. C’est fait, Monsieur Eric Besson y est aussi. C’est fait, Monsieur Martin Hirsch a troqué la vielle blouse de l’abbé Pierre pour un costume de Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Bravo à tous, il fallait le faire, vous l’avez fait et en plus vous demandez à être jugés sur vos actes… on va bien se marrer en attendant la première démission.
Mais je sens en vous, chers lecteurs, une philanthropie exacerbée et vous vous dites qu’il faut laisser à Kouchner le temps de faire ses preuves et que, peut-être, tout se passera bien. Pour être honnête, je n’ai jamais aimé ce type, donc ça m’arrange, personnellement, qu’il se découvre de droite. Pour moi, Kouchner c’est le type qui lors des élections européennes de 1994, avait appelé à voter pour une autre liste que la sienne (conduite par Michel Rocard) la liste conduite par… Bernard Tapie !
Passons sur le Droit d’ingérence qui a des relents de néocolonialisme recouvert de bons sentiments pour arriver directement à la différence entre la traîtrise et l’évolution politique. L’évolution politique, c’est une réflexion, une maturation et une distance avec ses idées et ceux qui les représentent au moment où en change. Nous avons comme exemple de ces évolutions, Victor Hugo qui passa député de la droite pour se retrouver à l’extrême gauche. Mais son engagement ne le rapprocha pas du pouvoir bien au contraire, ce qui est l’un des signes d’une véritable évolution plus que d’un bel opportunisme. Mitterrand est passé aussi de la droite à la gauche et Glucksmann est passé de Mao à Bush tout deux assez sincèrement. Mais un homme comme Kouchner qui change d’opinion en une semaine pour attraper un sucre gouvernemental, on ne peut mettre cette mascarade idéologique sur le compte d’une maturation. Kouchner n’est ni un traître ni un nouvel homme c’est simplement un mégalomane qui ne pu résister à l’ajout d’une nouvelle ligne sur son CV.

Lorsque Mitterrand confia, en 1981, le poste de ministre des Transports à un communiste, il retira le transport de l’armée de ce ministère pour le donner à la Défense. Il pensait qu’en cas de conflit avec l’URSS, un communiste pouvait ne pas être fiable. Mitterrand su offrir un poste tout en restreignant le pouvoir du ministre jugé « douteux ». Il en va de même pour Kouchner. Sarkozy s’est arrangé pour ne donner au ministre des Affaires Etrangères que des responsabilités de façade. Le fait qu’il propose se poste à Védrine et à Kouchner est la preuve qu’il se fiche éperdument des positions de l’un et de l’autre, puisqu’ils sont en désaccord sur, à peu près, tous les sujets de politique internationale. Sarkozy avait, comme dans la chanson, besoin d’un chien dans la vitrine et le Saint Bernard Kouchner se trouvait le mieux disposé à faire le beau quant on le lui demanderait.
Mais l’information la plus dure à encaisser ce n’est pas l’entrée de quelques truffions de gauche dans ce gouvernement, mais la présence d’une catholique intégriste en la présence de Christine Boutin. En 2007, une femme ouvertement contre l’avortement vient d’entrée au gouvernement ! Il est là le vrai chantier de Sarkozy, la vraie ouverture, redonner aux religions la place que notre satanique laïcité leur avait enlevée.
Boutin a parlé du scandale des prisons, ce qui lui a valu de redorer son image médiatique ; mais faire d’une femme qui a brandit la Bible à l’Assemblée Nationale pour lutter contre les droits des hommes et des femmes à disposer de leur corps et de leurs sentiments, une ministre c’est un scandale !
Kouchner, Besson c’est du vent, ils ne représentent que leur pomme ou, tout au plus, l’image des valets qui ramperaient sous n’importe quels pieds pour se rapprocher du roi fusse t-il de pacotille. Par contre, l’image du cortége religieux lors de son premier discours à l’Elysée plus la présence d’une grenouille de bénitier au gouvernement, ce sont les signes d’un retour fracassant de l’Ordre moral. Symboliquement parlant, la présence de Christine Boutin est plus préoccupante pour la santé de la République que celle d’un vieux spectre de gauche au Quai d’Orsay.


Anthony Casanova.

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