Le coq des bruyères hebdo... suite
N°40 année 2007
le coq info
L’édito

Les premiers ministres de Sarkozy

« Je suis difficile et me refuse à boire dans le verre d’un monsieur qui ne me revient pas  » (Brassens)

Sarkozy va former ou aura formé, selon le jour où vous lirez ces lignes, son premier gouvernement. Ce gouvernement ne sera qu’une vitrine en attendant les législatives. Sarkozy sait qu’il y a un danger que les électeurs souhaitent un contre-pouvoir et que la bonne bouille de Bayrou, à l’aide de son nouveau parti, risque d’aller dans ce sens.
Rappelons que Sarkozy et Bayrou ne peuvent pas se voir même s’ils affirment l’inverse devant les micros et les caméras. Donc Sarkozy, fort de l’UMP, ne croit pas en l’existence d’un centre et n’acceptera pas une seule concurrence à droite. Sa solution est « d’éliminer » Bayrou. Après une rapide analyse, Nicolas 1er s’est dit que Bayrou, n’ayant pas l’ombre d’un programme, ne devait sa popularité qu’à un certain « bon sens » en appelant, presque naïvement, à une alliance entre quelques têtes de gauche et quelques trognes de droite. Ô merveilleuse idée qui séduisit tant de Français frileux et qui n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd mais d’un gnome nouvellement élu président des veaux. Alors, pour enterrer définitivement le nouveau parti de Bayrou, après avoir remis de l’ordre dans les rangs de ses députés, il a auditionné quelques figures de la gauche pour qu’elles participent à son premier gouvernement de quinze ministres. Il a donc parlé à quelques uns, fait courir la rumeur d’en avoir parlé à d’autres et au final nous avons les noms de Claude Allègre, Bernard Kouchner, Hubert Védrine, Jean-Marie Bockel (maire de Mulhouse), Richard Descoings (directeur de Sciences Po), Denis Olivennes (patron de la Fnac) et Anne Lauvergeon (Areva). Sept personnes que l’on ajoute à André Glucksmann et Eric Besson qui n’ont pas attendu la victoire pour rallier Nicolas 1er. Résistons à l’envie de dire à Son Altesse Sarkozy que s’il voulait tant de gens de gauche avec lui, il n’avait qu’à être de gauche ! Résistons aussi à l’envie de rire à la barbe des braves imbéciles qui voient proposer les Ministères où ils auraient bien posés leurs fesses à des gens du parti opposé… ils doivent se dire, tout bas, que Nicolas 1er n’est pas un souverain qui sait remercier ses courtisans à la hauteur de leur soumission, mais c’est pour mieux vous soumettre doivent leur rétorquer les « amis » du petit roi.

Ainsi, entre les hésitations, les « oui, mais… », les « non…à moins que… » et les « non sans façon », Sarkozy est en train de réussir un nouveau tour de communication en montrant à l’électorat de Bayrou que ça ne sert à rien de rallier un type qui propose de faire ce que lui fait déjà. La flatterie et l’amour-propre faisant réfléchir ces personnalités de gauche ou apparentées de gauche à l’offre que leur fit le roitelet a montré, même si ce n’est que du vent, aux Français « l’ouverture » de Nicolas 1er. Les grosses têtes que Sarkozy a montré du doigt sont révélatrices du message qu’il veut donner avant les législatives : Kouchner celui qui est toujours présent dans les personnalités préférées des Français, Allègre le scientifiques qui n’aime pas les mammouths enseignants et les éléphants socialistes et enfin, la perle, Hubert Védrine, président de l’Institut François Mitterrand, qui fait office « d’homme de raison ». Nicolas 1er n’a pas fait de grandes écoles ? Ce n’est rien, il fait appelle au directeur de Sciences Po, Richard Descoings ; Il a signé le pacte écologique ? oui, alors il demande à Anne Lauvergeon, qui finance via Areva l’animateur Hulot, de le suivre dans son règne… ainsi de suite jusqu’à l’écoeurement qui vient en suivant le mouvement des girouettes.

Les partis politiques ne sont pas des entreprises que l’on quitte lorsqu’ils sont en déficit ou si la concurrence vous fait une meilleure offre. Dans le journal d’I télé se succédait Védrine, Besson et Tapis, le bon, le traître et le brigand diront les amateurs de spaghettis mais c’est plus exactement l’image de l’opportunisme et du mépris de l’histoire politique qui était à l’honneur sur la chaîne de l’information. Si une certaine gauche s’allia à de Gaulle ce n’est pas pour les mêmes raisons qu’une partie de la gauche s’accoquine avec Nicolas 1er  et il faut que cela soit dit ! Un homme de gauche ne peut pas travailler avec Sarkozy puisque, par définition, s’ils constatent les mêmes problèmes dans notre société mais ils ne sont en complet désaccord sur les solutions. Un ministre de gauche ne tiendrait pas un mois dans le gouvernement de Fillon ! Un mois, c’est juste le temps dont la droite à besoin pour gagner les législatives. Le premier gouvernement Sarkozy n’est qu’un leurre, dès qu’il aura le pouvoir absolu, Son Altesse Sarkozy trouvera une bonne excuse pour « nettoyer » son gouvernement des quelques candides qui lui auront servit à gagner DEFINITIVEMENT le gouvernement.

Je concède à Nicolas 1er d’être un fin tacticien, remettre de l’ordre dans l’UDF et faire du pied à quelques nombrilistes de gauche risque d’effacer les prétentions de Bayrou ; mais en voyant le spectacle lamentable que nous offre Strauss-Kahn à la veille d’une grande élection, entre les socialistes qui veulent s’unir à Bayrou et ceux qui se sentent bien dans le libéralisme de Son Altesse Sarkozy, il est temps de dire aux socialistes « peu importe les législatives, vous avez cinq ans pour redécouvrir le socialisme, alors au boulot ! »

Anthony Casanova.

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