Le coq des bruyères hebdo... suite
N°39 année 2007
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L’édito

LES FRANÇAIS ET LA POLITIQUE

Notre cher rédacteur en chef, Anthony Casanova, me disait l’autre soir à Paris entre deux verres de Saint Emilion : « Au fond, la politique, vous vous en foutez ! »

Signifiant par-là que je m’abstiendrais de partir en guerre contre Nicolas Sarkozy. Je lui dis qu’à l’instar de bien des gens, j’étais fatigué des faiseurs de promesses, signifiant par-là qu’à mes yeux, une campagne électorale n’était rien d’autre qu’un défilé de candidats un jour de marché, chacun s’extasiant sur la qualité de l’étal en songeant « vivement le restau, qu’on sorte de ce cloaque qui pue ».

Alors comme ça, vous vendez du poisson madame ?

- Hé oui, c’est du poisson monsieur Sarkozy

- Il est très beau, ce poisson, je parie qu’il a le goût de poisson !

- Absolument, madame Royal !

- Et puis en plus, vous êtes servi par le beau temps !

- Oui, à la météo ils avaient dit qu’il pleuvrait !

- Ah ! ah ! Vous savez quand je serai élu, eh bien je serai président !

- Hu ! hu !…

Et ainsi vont les campagnes électorales, avec poignées de mains et promesses plein le cabas. De la redite à la tonne, du récurrent jusqu’à l’écoeurement, du poncif à se flinguer, avec cette manière de nous prendre toujours pour des débiles profonds, alors oui, la politique, on s’en tape.

Mais bon. Ne soyons jamais cyniques et, donc, négatifs. Si on se sent bien dans son pays, je pense qu’on se doit de le servir dans la mesure de nos ressources.

Pour nous autres saltimbanques et gugusses d’estrades, servir notre pays consiste à lui donner le meilleur de notre humour, de notre émotion, et de notre faculté à user de la satire. Servir notre pays, c’est faire plaisir aux gens, ce plaisir qui nous fait plaisir, car on ne baise bien qu’à plusieurs.

Politique.

Si on revenait à la définition de ce mot ?

Ouvrons le PETIT ROBERT, édition de 1996 revue en 97, au mot POLITIQUE deuxième définition, alinéa 2.

Qu’y lit-on ?

POLITIQUE. « Ensemble des affaires publiques. »

Bien.

Or, à l’heure où nombre de chroniqueurs de presse annoncent que les Français ont retrouvé la passion de la politique, voire l’amour de la politique, comme ce fut écrit récemment à l’issue de la grande participation aux élections présidentielles, m’est-il permis de me demander si les amoureux de la politique sont passionnés par la chose PUBLIQUE ?

Allons-y.

TRANSPORTS PUBLICS. Le train coûte de plus en plus cher, les TGV accusent des retards quotidiens, les autres trains se muent en bétaillères, les wagons-restaurants ne sont plus que de lointains souvenirs, les gares nouvelles sont d’une laideur à gerber, les employés de la SNCF vous reçoivent comme des gorets, le prix de la flotte va bientôt dépasser celui du whisky dans les gares, des grèves inutiles frappent le voyageur sans améliorter le sort des cheminots, le buffet de la gare va bientôt s’acoquiner avec QUICK, la plupart des distributeurs automatiques sont en panne, les trains s’arrêtent de moins en moins dans les petites gares, et vous pensez que les Français s’amourachent de la chose publique, de la politique ?

Arrêtez de me faire rire, please !

Car, quels élus s’émeuvent de ces scandales quotidiens ?

Aucun.

LE SERVICE PUBLIC A LA TELE. De plus en plus, la pub infeste les programmes, des trous-du-cul font office d’animateurs, les jeux répandent leur caque sous nos yeux résignés, les bons films se montrent à 23 heures, des oscars sont distribués à la louche, les émissions en direct ont presque toutes disparu pour permettre à la censure de couper ce qui incommode les réalisateurs, et vous pensez que les Français s’amourachent de la chose publique, de la politique ?

Arrêtez de me faire rire, bitte !

Car, quels élus s’émeuvent de ces scandales quotidiens ?

Aucun.

LES LIEUX PUBLICS. Un exemple : samedi dernier, je me balade avec un copain sur la Butte Montmartre. Tournant le dos au Sacré-Cœur, nous descendons les marches qui longent les pelouses pentues. Sur chacune de ces marches, des ruisseaux de détritus à la gloire du plastique, des extraits d’ordures de toutes provenances, des séquelles de pique-nique, bref, du grain pour les rats. Odeur de chiottes rances sur l’un des plus beau sites d’Europe. Réflexion d’un étranger : « Les Français sont des cochons ».

Et vous pensez que les Français s’amourachent de la chose publique ?

Arrêtez de me faire rire, por favor !

Car, quels élus s’émeuvent de ces scandales quotidiens ?

Aucun.

Alors, je me dis que quel que soit le nouveau président de la République, rien ne change au royaume public. Voltaire disait qu’il fallait cultiver son jardin. Au lieu de ça, on chie dessus. Et l’on attend d’un président providentiel qu’il nous fasse une France vivable au quotidien. Si c’est ça la politique, je ne lui dirai même pas « suce ! ».

Quand le discours a remplacé les actes, ce n’est plus de la politique, cher Anthony, c’est du showbiz. Et le showbiz, vou savez tout le bien que j’en pense !


Patrick Font, anarchiste endurci.

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