Le coq des bruyères hebdo... suite
N°33 année 2007
le coq info
Edito
De la droite molle à la gauche flasque (1/2)

« En le regardant avec un œil de poète, on aurait pu croire à son frontal de prophète  »(Brassens)

Les élections finiront par un duel. Sans trop de surprise nous verrons s’affronter Ségolène et Sarkozy, d’où l’intérêt du troisième homme. C’est la question qui turlupine tout le monde pour chaque élection : qui restera à la porte du premier tour ? Cette fois-ci, il semble que ce soit Bayrou qui finisse le tiercé. La position du premier des recalés est primordiale car c’est sur ses reports de voix que se joue la victoire. En 2002, la présence du candidat de l’extrême droite faussa les cartes démocratiques même si ce sont les reports de voix, de la gauche cette fois, qui donnèrent une telle victoire à Chirac. Tout ça pour dire l’importance de la fin du podium.
Ecartons de suite la probabilité réelle que Bayrou se retrouve en finale, mais supposons-le pour comprendre dans quelle situation décisive est le candidat centriste. Si une telle éventualité se produisait, c’est Bayrou qui l’emporterait puisque Ségolène ou Sarkozy se rallierait à lui. Le centre devra choisir alors un axe en fonction du troisième : centre-droit ou centre gauche pour l’emporter, puisque Bayrou ne peut gouverner seul sans l’appui d’une majorité à l’Assemblée Nationale. Bayrou, au cours du quinquennat, a amorcé une séparation avec l’ogre UMP. Rappelons que l’UMP c’est la fusion de tous les courants de la droite hormis l’UDF et le MPF de Philippe de Villiers. Bayrou souhaitant créer un centre puissant a dû manœuvrer délicatement en prenant position contre le gouvernement à quelques reprises. Plusieurs personnalités de l’UDF ont rompu avec lui pour rejoindre la droite mais en aucun cas la gauche. C’est pourquoi on considère le centre comme un parti de droite modéré.
Bayrou n’apprécie pas Sarkozy et l’itinéraire d’un Romano Prodi en Italie lui fait envie. Prodi est du centre, et il a conçu un mouvement d’union nationale pour contrer la droite populiste et démagogique de Berlusconi. Le parallèle est trop beau avec Sarkozy qui, comme l’Italien, a trop d’affinité avec les patrons des grands médias. Ce n’est pas un hasard si c’est Bayrou qui propose l’interdiction aux entreprises, ayant des affaires avec l’Etat, de posséder des groupes de presse.

Après la séparation entre l’UDF et l’UMP, il y eu la séparation à gauche entre ceux qui ont appelé à voter OUI et ceux qui ont appelé à voter NON au référendum sur l’Europe. Cette séparation est un nouveau divorce entre la branche « communiste » et la branche « socialiste ». La séparation entre ces deux gauches pourrait être définitive. Jaurès, Blum, Mendès France ont connu des ruptures violentes avec les communistes jusqu’au moment où Mitterrand réussi à inverser magistralement le rapport de force. Avec le NON, les communistes ont voulu refonder une alternative de gauche aux socialistes mais ils ont raté l’union par la faute du PC. C’est par cette différence sur l’Europe que la rupture risque d’être définitive. Bayrou le sait, Cohn-Bendit le sait, voilà pourquoi Dany le rouge a proposé à l’UDF de faire une alliance avec le PS et les Verts. Il veut que le PS soit au centre de cette alliance avec à sa droite l’UDF et à  sa gauche les Verts. Il est probable que cette alliance tente Bayrou, car s’il retourne avec l’UMP son discours sur « le centre » tombera à l’eau, tandis qu’il ne se fondra pas dans la gauche.
Chirac avait le RPR, Sarkozy a l’UMP. De plus, beaucoup des hautes personnalités de l’UDF redoutent un rapprochement de leur chef avec une certaine gauche démocrate proche de Strauss-Kahn. Bayrou sait que son électorat historique est de droite et que renier le passé de droite de l’UDF ne sera pas une mince affaire. Dans les prochaines semaines l’UMP essayera de déstabiliser Bayrou en rappelant qu’il fut ministre sous Balladur, que Giscard et Barre ont toujours représenté la droite et que l’idéologie du « centre » n’est qu’un coup de bluff pour négocier plus de postes avec l’UMP aux prochaines législatives.
Même s’il est peu probable que Chirac appelle à voter Bayrou, ça ne doit pas être l’envie qui lui manque. Mais il faut féliciter Bayrou pour son tour de prestidigitation médiatique. Tout se dévoilera au soir du premier tour mais Bayrou est-il un assez bon magicien pour faire croire à ses électeurs de droite que finalement ils sont de gauche pour inventer l’indépendance du centre ?  (A suivre)          
                 
 Anthony Casanova. 

         

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