Le coq des bruyères hebdo... suite
N°32 année 2007
le coq info
Edito
Les vrais gens et les faux culs

« A l’homme de la rue j’avais des comptes à rendre. »(Brassens)

Après les bobos, les travailleurs, les riches et les jeunes, voilà que nos politiciens s’occupent d’une nouvelle partie de la population : les vrais gens. Le terme, des plus vilains qui soit, désigne des gens qui vivent dans la vraie vie. Bon, certes il n’existe qu’une réalité et on peut se demander comment on pourrait vivre une vie qui soit fausse, mais c’est un fait, la parole est aux vrais gens de la vraie vie. Mais qu’est-ce qu’un vrai gens ? Disons que c’est une nouvelle définition de « la France d’en bas » qui fit fureur sous le règne de Raffarin. Un vrai gens c’est un gars du bon peuple, celui qui connaît le coût de la vie, le brave mec qui pense tout bas ce que Le Pen pense tout haut et qui voudrait l’avoir pour président ou premier ministre pour trois mois… enfin bref, le genre de type qui fait l’honneur d’une nation. Ça doit être ça un vrai gens… où ce que l’on nomme ainsi.
Quand on parle des vrais gens, on fait l’apologie du mépris des « élites ». On est entrain de faire croire qu’il y aurait plusieurs réalités et que seule la tranche la plus populaire du pays vivrait dans la bonne réalité. Mais pour cerner le phénomène tout en sachant où en est le populisme le plus graveleux, on peut regarder vers TF1 et prendre une leçon de médiocrité. Une nouvelle émission politique inaugurée par Sarkozy, J’ai une question à vous poser, fait la part belle aux vrais gens. Plus de journaliste mais un médiateur entre les vrais gens et leurs vraies questions et l’homme politique qui peut en toute liberté distribuer sa vérité.

Nous vivons une période où être un intellectuel, un philosophe, un chercheur ou tout simplement un homme cultivé fait de vous un extraterrestre qui ne peut rien comprendre aux vrais problèmes, aux vraies attentes du sacro-saint peuple. C’est parce que nous ne voyons et jugeons notre société que par le reflet biaisé de la télévision que nous tendons vers la simplicité, pour ne pas dire le simplisme. Ceux qui font « la météo » dans le microcosme médiatique se servent de l’image qu’ils créent des uns et des autres pour alimenter leur pouvoir et leur emprise des vrais gens dont ils croient connaître les désirs. C’est pour cela que vous entendrez souvent dans leur bouche la phrase suivante « c’est ce que veut le public ». C’est l’offre qui fait la demande et non le contraire ! Vous servez de la merde et les gens en veulent, mais ils ne vous en demanderont jamais avant que vous n’en proposiez, puisque votre produit n’est pas encore sur le marché. C’est une logique sur laquelle je m’attarderai une prochaine fois.

La télévision a du succès et la plupart des conseillers en communications pensent qu’en regardant les émissions qui ont du succès on peut dresser un portrait robot du Français lambda. TF1 remportant le plus d’audience, les cadors de la communication veulent que leur candidat s’adresse au téléspectateur de TF1 qui sommeille en chacun de nous. La ligne éditoriale de TF1 est un paradoxe des plus intéressant. TF1 n’a que des émissions où le stéréotype de ses spectateurs est humilié, considéré comme inculte et méprisé à longueur de ses programmes. TF1 jubile du dégoût que lui inspire son public. Ainsi, nos politiciens au travers de leurs éminents conseillers, pensent que le vrais gens est un terme euphémique pour désigner un vrai con. Résultat, les politiciens et les médias préfèrent mettre en avant les sportifs et les « artistes » cathodiques (Doc Gynéco, Roger Hanin, Cali…) que les intellectuels qui pourraient suivre les candidats. Tant que les politiciens s’entêteront à flatter ce qu’il y a de plus médiocre en chacun de nous, plus la médiocrité nous servira de boussole dans nos choix. Si les politiciens, qui se doivent et nous doivent d’être des élites, s’acharnent à ne pas « élever » le peuple vers eux pour s’affaler avec lui sur le canapé, avec un paquet de chips dans les mains, pour regarder du foot ou Julie Lescaut, nous finirons par métamorphoser notre réalité en la pseudo réalité vantée par TF1. Et là, nous finirons même par accepter qu’on change le terme « vrais gens » par celui bien plus approprié de « vrais demeurés » pour désigner le bon peuple. Moralité, surtout ne zappez pas !                                                           
                 
 Anthony Casanova. 

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