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Le coq des bruyères hebdo... suite
N°30 année 2007
le coq info
Edito

Peut-on rire de Mahomet ?

Oui ! Il n’a même pas de culotte !

«Est-il en notre temps rien de plus odieux, de plus désespérant que de ne pas croire en Dieu ? » (Brassens)

Le 7 et le 8 février, l’hebdomadaire satirique Charlie hebdo passera devant le tribunal pour déterminer si on a le droit de se foutre d’un prophète et d’une croyance en France en 2007. Le MRAP de Mouloud Aounit s’est retiré des plaignants sous la pression des militants et de beaucoup de cadre de ce même MRAP. Charlie hebdo s’opposera donc à la Mosquée de Paris, à l’Union des Organisations Islamiques de France et à la sainte Ligue Islamique Mondiale ; Il ne manque que le Président iranien pour que toutes les têtes à claque intégristes soient présentes pour défendre la tolérance et le respect. Passons sur le paradoxe de la situation qui équivaudrait à un procès intenté par Fidel Castro au Canard enchaîné pour défendre la liberté de la presse ! Charlie est accusé d’avoir reproduit les fameuses caricatures danoises et d’y avoir rajouté un trait de génie de Cabu en couverture. Ce qui va se jouer durant ces deux jours est essentiel et aussi caractéristique des ambiguïtés de notre époque. L’enjeu peut se résumer ainsi : Je n’accepte pas dans mon pays ce que j’accepte ailleurs. En France nous avons le droit de critiquer la religion majoritaire, le Pape et Jésus, mais il ne faut pas critiquer la religion majoritaire d’un autre pays, l’ayatollah Khomeiny et Mahomet sinon c’est raciste et c’est vilain.

Tout d’abord, il faut séparer la religion de la race du croyant. Dire que Jésus a une petite bite ne veut pas dire que tous les blancs, en supposant que Jésus soit blanc et que tous les catholiques le soient aussi, ont une bite minuscule. De la même manière dire que Mahomet était ravi de s’introduire son bâton de pèlerin dans l’anus ne veut pas dire que tous les musulmans adorent les vibromasseurs. Mais les adversaires de Charlie ne l’entendent pas ainsi ! Pour eux, dire du mal de Mahomet c’est dire du mal de TOUS les musulmans qui, par je ne sais quelle magie, se transforme en une nouvelle race partant du Maghreb jusqu’à l’Indonésie en englobant le reste du monde. Pour arriver à la conclusion suivante : la religion est une race spirituelle, donc insulter une religion c’est raciste. D’où cette question qui me turlupine le cortex : si je dis que le Coran est de loin, comparé aux autres produits de supermarché, le meilleur papier hygiénique existant, me verrais-je taxé de racisme ? Si j’en croie le procès contre Charlie, assurément oui.
Les musulmans qui sont en majorité des gens pacifistes et tolérants sont représentés médiatiquement par quelques intégristes illuminés. Quand on entend parler des musulmans à la télévision, c’est pour rapporter des attentats, des menaces nucléaires de l’Iran ou une décapitation. Autant dire que l’image véhiculée par les fous de Dieu dessert la totalité des musulmans. Mais les intégristes savent que pour accaparer les médias il faut « frapper fort » et les attentas du 11 septembre, tout comme les décapitations filmées en sont la preuve. L’affaire des caricatures fut instrumentalisée et montée de toute pièce par quelques intégristes impatients de faire de la religion musulmane un épouvantail pour le reste du monde. Plus les musulmans seront perçu comme de dangereux fanatiques, plus les intégristes auront la main mise sur l’islam, plus ils seront les grands vainqueurs.

Charlie hebdo eu le courage de publier les douze dessins parce que le rédacteur de France soir fut limogé pour l’avoir fait et que les dessinateurs Danois étaient condamnés a mort. Mais Charlie eu la surprise de se dresser seul contre les fanatiques et, mélangeant critique de la religion et racisme, le MRAP, l’UOIF, la Mosquée de Paris et LIM ont menacé de faire un procès à l’hebdo satirique.
Un an plus tard, le procès arrive et le tant décrié Philippe Val se trouve être le héraut de la liberté d’expression. Car si Charlie perd son procès, il deviendra presque impossible d’émettre une critique sur n’importe quelle religion sans être automatiquement accusé de racisme anti-chrétiens, anti-juifs, anti-musulmans… la jurisprudence « caricatures » plongera la France dans le retour à l’obscurantisme. Toutes les grandes instances religieuses soutiennent les adversaires de Charlie qui sont en passe de faire aboutir à l’interdiction de blasphémer ! Faut-il rappeler que la mosquée de Paris est défendue par l’avocat de Chirac et que c’est Sarkozy qui y fait la météo !
Philippe Val est raillé par les journaux « d’extrême gauche » qui l’accusent d’un coup de pub dans cette affaire des caricatures comme le fit Olivier Cyran dans le mensuel CQFD ou Halimi dans PLPL et Plan B, ainsi que le Monde diplomatique sur les ondes d’Inter. La journaliste Mona Chollet fait elle aussi partie des détracteurs de Val qui se prendrait, parait-il, pour Voltaire… et qui est un méchant patron et pas assez ceci et un peu trop cela. N’empêche qu’aujourd’hui Val défend la liberté de la presse en risquant six mois d’emprisonnement et 22 500 euros d’amendes tandis qu’Halimi passe son temps entre des stages d’utopie vers Boston avec un proche de Chomsky, Michael Albert, et des forums contre la mondialisation aux quatre coins du monde.
On reproche à Val de s’être allié avec BHL dans le « manifeste des douze » qu’ils signèrent pour faire front commun, en laissant de côté les petites querelles, car quand le droit à la critique est en danger on se bouge le cul ! Mais la surveillance des médias chère à Halimi et Ramonet conspue ce genre d’alliance. Je suis fasciné par ceux qui crachent sur Serge July, Joffrin pour leur « traîtrise » et qui trouvent des circonstances atténuantes à Fidel Castro.

Val et Charlie vont être les défenseurs des blasphémateurs, des athées, des libres-penseurs, et de la liberté en général et tout cela au nez et aux gants de ceux qui sont « trop purs » pour se salir en soutenant Philippe Val. Pour paraphraser Caroline Fourest dans son livre La tentation obscurantiste, je dirai qu’on n’a pas le droit de regarder la liberté d’expression tomber sans broncher ! Alors oui, j’applaudis Val et ses principes que Mona Chollet nomme « l’obscurantisme beauf », et je préfère au risque d’amuser la galerie être derrière un type qui se prend pour Voltaire, plutôt que de chanter, comme au Monde diplomatique, les louanges d’Hugo Chavez qui, lui, se prend seulement pour Castro.

Post-scriptum : Comme si ça ne suffisait pas, j’ai lu l’essai de Val : Traité de savoir survivre par temps obscurs, chez Grasset, et je le conseille à tous ceux qui aiment la réflexion, le tâtonnement, le doute et l’esprit de Montaigne.

Anthony Casanova.



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