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Le coq des bruyères hebdo... suite
N°29 année 2007
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Edito

La misogynie déguisée

 

« Fermement résolus de se venger, mes compatriotes outragés, s’appliquèrent avec passion à ternir ma réputation ». (Brassens)

C’est une femme et comme toutes les femmes, elle est incapable, incompétente, stupide et inculte. De plus, comble de l’horreur, elle veut prendre le boulot d’un homme. C’est un peu sur cette base que se jouent la plupart des attaques contre Ségolène. Dès qu’elle dit quelque chose, l’UMP tourne sa position en bourde. Si je suis formellement opposé au procédé qui consiste à trouver des qualités ou des défauts innés aux femmes. Vanter la douceur, le pacifisme, la compréhension ou l’instinct des femmes et aussi absurde que de dire qu’elles sont futiles, candides, irréfléchies et incapable de garer correctement une bagnole en faisant un créneau. Mais, en aucun cas, nous ne pouvons ignorer que les femmes sont les cibles de ce genre de préjugés. Les clichés sont solidement ancrés et il faut du temps pour les balayer. Lorsque Mitterrand nomma Edith Cresson comme Premier ministre, les députés du pays des Droits de l’Homme, ont prouvé que l’on pouvait être au sommet de l’Etat tout en restant de gros beaufs de caniveau. Aujourd’hui, le temps aidant, on ne peut plus dire ouvertement « Ségolène est une femme donc c’est une cruche », par contre on peut user de la misogynie ambiante pour le sous-entendre.
La dernière « bourde » en date est à propos du Québec. Ségolène n’a pas dit « vive le Québec libre » parce que la phrase était déjà prise, même si elle aurait pu se permettre de citer de Gaulle puisque Sarkozy parle de Blum et Jaurès sans s’étrangler de honte, mais elle a dit qu’elle n’était pas contre son indépendance. Horreur, monstruosité, on risque la guerre avec le Canada semble hurler la droite et, sous prétexte de « bourde », la droite est en train de faire passer le baccalauréat à la candidate socialiste à l’élection présidentielle. Dans le rôle du prof, j’ai eu le plaisir d’entendre le VRP Raffarin donner des leçons à la femme qui lui a soufflé sa place dans le Poitou ! Rappelons que c’est le même Raffarin qui a fait perdre la quasi totalité des régions à la droite, qui nous a offert la merveilleuse gestion de la canicule, qui a cité une phrase de la chanteuse Lorie dans un discours politique, qui a bradé un jour férié pour culpabiliser le vilain peuple, oui c’est lui qui nous explique les bourdes de Ségolène. Pas gêné le chantre de la « France d’en bas », mais ne dites pas que ce sont des « bourdes » car c’est un homme.

Mais l’apothéose est venue d’une blague. Pour compléter l’image de la cruche, l’imitateur qui participe aux galas de Sarkozy, Gérald Dahan, a piégé Ségolène lors d’un canular téléphonique. Dahan, qui est drôle quand il a de bons nègres, a saisi l’occasion de montrer tout son amour à Nicolas en voulant piéger sa principale concurrente. Se faisant passer pour le premier ministre Canadien, il a comparé la perte du Québec à l’autonomie de la Corse, ce à quoi elle a répondu, en riant, que les Français ne seraient pas contre.
Ségolène a donc voulu, en faisant de l’humour, dédramatiser sa position sur le Québec. RTL, radio qu’on ne peut accuser d’amitié socialiste, ne cesse de passer le canular sur ses ondes. Dans ce genre de situation, les politiciens évitent de commenter ce genre de piège car ils savent qu’en « off » la langue de bois n’existe plus et que de toute façon, une blague reste une blague. Le Canard enchaîné dévoile toutes les semaines de petites phrases acides de couloir, et personne n’attaque le journal pour diffamation. En lisant le Canard, vous pourrez savoir comment Sarkozy et Chirac s’appellent en privé… et d’autres secrets d’alcôves qui démasquent l’hypocrisie de quelques politiciens.
Mais surprise, Sarkozy trop heureux de défendre « l’honneur » des Corses a déclaré « on ne rie pas avec la Corse ». Stupéfaction, le ministre de l’Intérieur commentant avec gravité un canular de Gérald Dahan ! C’est pathétique ! Commenter une blague téléphonique, quel charisme, quelle classe, superbe, vivement qu’il soit président pour commenter les émissions de Cauet !

Le nabot Nicolas ne rigole pas avec la Corse, mais il est un petit peu mal placé pour parler du « respect » au peuple Corse puisqu’il est le premier à essayer de le berner !
Petite histoire bien plus révélatrice qu’un canular téléphonique par l’imitateur de RTL. Sarkozy, il y a plus de trois ans, avait proposé un référendum, le 6 juillet 2003, en Corse où il proposait de supprimer les deux départements pour tout un tas de raisons saugrenues. Je passe sur les détails et, sachant que le résultat était serré dans les sondages, il prie la décision d’arrêter, comme par hasard, le meurtrier présumé du Préfet Erignac, Yvan Colonna le 4 juillet. Méthode douteuse dénoncée sur l’île aussitôt, mais en tant qu’héritier de Pasqua à Neuilly, il ne pouvait que prendre exemple sur l’homme qui libéra les otages au Liban entre les élections de 1988. Dans les deux cas, la manœuvre a lamentablement échoué puisque Chirac a perdu en 88 et que les Corses, en majorité, ont rejeté le projet de Sarkozy pour l’île.

Je vais voter socialiste au premier tour par peur de Le Pen. Si les maires avaient le bon goût de ne pas signer pour lui, je serais heureux de donner ma voix aux Verts ou à un autre… mais la menace nationaliste est trop présente pour ne pas être vigilent. Ce n’est pas parce que je me suis résolu à voter pour elle que je prends sa défense cette semaine, mais parce que ces attaques sur ses capacités à gouverner, et si vous lisez entre les lignes le « elle a pas de couille pour être notre chef », me fichent hors de moi !
Si Ségolène n’était pas une femme la stratégie de la droite ne consisterait pas à la faire passer pour incompétente. Par contre, Nicolas Sarkozy, ment sur sa taille en trafiquant des photos, se sert de la mort d’un Préfet pour s’attirer les faveurs d’une élection ; il est en flagrant délit de schizophrénie en parlant de rupture politique alors qu’il est au gouvernement depuis cinq ans ; Il considère les jeunes comme des « racailles » qu’il faut passer au karcher ; il fait licencier un journaliste pour avoir publié des photos de sa femme avec son amant… non, il a raison Nicolas, la politique c’est « sérieux » par contre, je ne sais pas si la réputation de « gourde » de Ségolène est justifiée, mais pour le mensonge (sur sa taille), la manipulation (Erignac), la démagogie (fausse rupture), la nervosité (racaille) et l’abus de pouvoir (Genestar viré de Paris Match), on a pas besoin qu’un imitateur lui fasse une blague pour nous en convaincre. D’ailleurs à tout prendre, je préfère une belle conne qu’un petit salaud.


Anthony Casanova.

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