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Abbé Pierre
Le coq des bruyères hebdo... suite
N°28 année 2007
Edito

ADIEU L’ABBE !

Or donc, voilà notre seul véritable ministre du logement parti vers un monde que l’on espère meilleur…Les athées intégristes lui reprochaient d’être abbé, tandis que les intégristes cathos lui reprocaient d’être Pierre. Mais il sut fort bien naviguer entre les vagues extrêmes, et conserva le cap tout le temps que dura sa traversée de la vie. On lui reprochait aussi d’utiliser les médias pour éclairer la condition des pauvres, mais de toutes façons, fallait bien lui trouver des poux dans la tonsure, faute de faire comme lui et de tendre la main aux six millions de Français pataugeant dans la précarité. Quand un type fait le bien, faut résolument chercher le défaut de la cuirasse, et l’on y parvient toujours. Ce qui gênait surtout nos bourgeois bien-pensants des chapelles agnostiques, c’était tout simplement ce contact d’un homme célèbre avec la crasse des bidonvilles. Les mélanges, dans notre belle civilisation, sont insupportables, parce qu’ils dégagent une odeur. Stendhal disait : « J’aime le peuple, mais il est sale ». C’était condenser en un minimum de mots ce que ressent notre classe nantie, laquelle ne lève jamais le bout de son petit doigt pour sortir de la merde ceux qui tendent désespérément la main. Non, je ne fais pas un sermon, puisque je m’adresse à moi-même. La pauvreté crasse me révolte, mais je n’ai jamais rien fait pour en soulager les souffrances. Je passe à côté, en me disant que c’est bien triste toute cette misère, puis je m’en vais relire « Les misérables » dans des volumes reliés en cuir pleine peau. Mieux : je n’exige d’aucun candidat aux Présidentielles qu’il inscrive à son programme une solide politique de sauvetage des déshérités. Je leur demande de parler bien, d’inventer des formules-chocs, et de bien sourire devant les caméras. Je leur demande « du souffle ». Pour, probablement, souffler sur notre sentiment de culpabilité, comme Ponce Pilate le fit d’un revers de main.
L ’abbé Pierre n’aimerait pas ce que j’écris-là. Il pensait que l’on devait tout pardonner, et surtout pardonner aux riches, puisqu’au fond ce sont les plus pauvres. Il était croyant, tendance Jésus, et non point catholique, tendance Mgr Lefèvre. Tout pardonner, amis ne pas oublier. C’était un adversaire de la double peine, et c’est sur ce terrain que, bien sûr, je le rejoins totalement, pour des raisons personnelles…On me dira, et l’on aura sans doute raison, que point n’est besoin de vouer son existence à Dieu pour soulager son prochain. Et je rémpons que, mon Dieu, si cette foi peut leur servir de start-pilote tous les matins, pourquoi pas, du moment qu’ils n’en font pas de prosélytisme. Il est arrivé à l’abbé Pierre de dire ou d’écrire quelques conneries, montées en épingle vous pensez bien, mais ne peut-on les lui pardonner ? Parce qu’enfin, dire et écrire des conneries, ça arrive à tout le monde, suivez mon regard vers ma photo !
Adieu l’abbé, si la survie existe dans l’au-delà, passe le bonjour à un homme de bien que j’ai fréquenté pendant quinze ans, et qui s’appelait, et s’appelle toujours, Paul Castanier. Il te fera marrer comme un fou, t’en as bien besoin après toutes ces larmes versées sur les mains des pauvres.

ADIEU NICOLAS HULOT ! Car franchement, comment as-tu pu penser une seconde que les candidats signataires de ton Pacte écologique mettraient en pratique une seule de tes propositions ? Signer, ça ils savent faire, mais faire, c’est autre chose, sont pas nés pour ça, les politicards. Sont nés pour causer, serrer des mains les jours de marché, inaugurer la Muraille de Chine, assister aux grands matches de foot, mais réaliser quelque chose, non, à de très rares exceptions près, et c’est sans doute pour ça qu’on se détourne des urnes, qu’on n’éprouve aucun enthousiasme à désigner au poste suprême un as de la gastronomie tout terrain.
L’écologie est une distraction de riches. Il existe plein de livres, reliés à l’avenir en cuir pleine peau, pour nous faire frissonner au réchauffement de la planète. C’est tendance, ça flanque une délicieuse trouille apocalyptique, mais ça reste un loisir de riches. La preuve : ceux qui oeuvrent concrètement en faveur du sauvetage de la planète sont matraqués par les rupins qui nous gouvernent. Voyez Greenpeace, pour ne citer que ça. Non, si nos riches penseurs écolos se souciaient vraiment de la sauvegarde de tous, ils commenceraient par retirer leurs bagnoles des villes super-polluées, ils exigeraient que toute grande agglomération devienne piétonne, et même ils se cotiseraient pour aider l’Etat à mettre des tramways partout. Quand je vois tous les jours ces tronches de nantis derrière leur volant, nous abrutir de bruit et de gaz dans les rues parisiennes, j’ai comme l’envie de demander à Nicolas de troquer son pacte contre un missile sol-sol. Quoi, 15OOO bagnoles ont été brûlées l’an dernier en France ? C’est d’un mesquin !…
Cela dit, je demande aux voyous de brûler un maximum de bagnoles sauf la mienne, car je suis un vrai révolutionnaire gauchiste écolo, moi !
Comme tout le monde.

Patrick FONT

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