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Le coq des bruyères hebdo... suite Sarcoland
N°27 année 2007
Edito

Contre la lepénisation du Diable.

Gloire au premier venu qui passe et qui se tait quand la canaille crie « haro sur le baudet ».
(Brassens)

La semaine dernière je parlais de mon amour pour le terroir. Il est vrai, comment peut-on résister au biniou breton, au béret basque ou à la polyphonie corse… bref, toutes ces spécialités qui donnent à nos régions un je-ne-sais-quoi qui pousse à la misanthropie. Et bien, dans mon inventaire, j’oubliais la spécialité niçoise. Non pas la salade, mais plutôt le racisme véreux. Après avoir mis aux commandes de la ville l’honnête citoyen Jacques Médecin dont l’excellente réputation dépassa allégrement nos frontières pour faire écho jusqu’en Amérique du sud, les niçois ont la fierté d’avoir choisi le poulain de Médecin, Jacques Peyrat, ancien du FN pour diriger leur ville. Peyrat, élu depuis 1995, n’est plus tout à fait frontiste, il est à l’UMP. Mais les vieux amours ne s’oublient pas et voilà que dans toutes les possibilités des présidentielles, la finale Ségolène contre Jean-Marie fait réfléchir le maire de Nice. Résultat, Jacques Peyrat votera pour Le Pen car il ne votera jamais « socialiste », c’est-à-dire « marxiste, même sous la torture. Jamais pour ceux qui ont soutenu le Viêt-mihn et le FLN. » C’est vous dire si à Nice on vit dans le présent. Je rappelle que c’est Mendès France qui régla le conflit d’Indochine après la défaite de Dien bien phû et que malheureusement, il n’accorda pas l’indépendance à l’Algérie. Souvenons-nous aussi que Mitterrand n’était pas en faveur du FLN. Mais Peyrat préfère aux socialistes le brave tortionnaire Le Pen qui s’illustra en Algérie. Peyrat est en ancien para colonialiste et sous-entend un retour au FN, c’est vous dire si à Nice on aime le recyclage des ordures.

Georges Frêche va certainement être exclu du PS pour ses propos, qu’il nie, sur les noirs dans le foot, si la commission dirigée par Hollande prouve qu’il a bien tenu un discours raciste. Que va faire l’UMP pour Peyrat ? Rien. Car Le Pen devient un interlocuteur comme les autres pour les racoleurs de l’UMP. La gauche, en 2002, dans une grande majorité a montré son attachement à la République en donnant à Chirac un score étonnant dans une démocratie et c’est tant mieux. Mais la droite sera-t-elle aussi soucieuse de donner à Ségolène un score sans appel si l’extrême droite se retrouve dans l’ultime face à face ? Le maire de Nice répond non. La réaction au propos de Peyrat est nulle au sein de l’UMP ; tout le monde à l’air de s’en foutre, l’important pour eux c’est le 98,1 % de Sarkozy. Où se cache le débat à droite ? Il n’y a pas de débat à droite et si quelqu’un à droite bifurque, même dangereusement comme Peyrat, personne n’en parle. Puisque Sarkozy base sa politique sur la communication, il sait qu’en ne parlant pas de quelque chose, ce quelque chose n’existe plus donc les contradicteurs de la famille UMP n’existent pas.

D’après le nouveau rigolo du FN, le comique Dieudonné, il ne faut pas diaboliser Le Pen. Pour les manichéens, le diable est l’ennemi de la béatitude du bien. Par contre pour René Fallet, le Diable est « ce type qui refusa de vendre son âme à Dieu ». Si Dieu, en théorie, est impénétrable comme les nonnes, le Diable nous pénètre. Le bien et le mal sont en nous, ils nous chatouillent et c’est à nous de choisir entre eux deux. Le Diable c’est un méchant dans James Bond, le requin des Dents de la mer, l’arrête dans le poisson, la déontologie sur TF1, pour résumer celui ou ce qu’on essaye de ne jamais croiser. Le Pen est humain le Diable et Dieu, non. Le racisme, la xénophobie, le totalitarisme ne sont pas des inventions du Diable mais l’œuvre des hommes. Donc, ne pourrissons pas la réputation du Diable en l’assimilant à Le Pen. Le Front national n’est pas un parti comme les autres ; Le Pen parle à ce qu’il y a de plus con en nous, il instrumentalise les peurs, la lâcheté, la bassesse, il est le pyromane qui demande du feu et, nous voyons de braves simplets se dire que puisqu’on a le droit d’avoir du feu, il peut en recevoir. Les phrases de Le Pen sur la seconde guerre mondiale, la preuve de son passé de tortionnaire en Algérie, ses diverses condamnations font de lui un homme politique qui n’a pas sa place à la course à la présidence.
Coluche faisait 16 % dans les sondages, il n’a pas pu se présenter car, il l’avoua, il ne pouvait obtenir les 500 signatures. Que Le Pen puisse s’asseoir sur les votes de 18 % des Français et alors ? Ce type est un homme qui est considéré notoirement comme un fasciste. Il existe une présélection avec les 500 signatures, il devrait en rester là. En donnant à Le Pen les égards que l’on accorde aux autres, on légitime ses idées au lieu de les dénoncer. Le Pen, ses idées, son parti, ses militants il faut les combattre et encore plus au moment où sa présence n’étonne plus grand monde, comme à Nice où le maire dit qu’il tournera le dos à la démocratie si l’occasion lui en est donnée. En 2008, Peyrat a dit qu’il se représenterait avec ou sans l’approbation de l’UMP. S’il est réélu, au prochain carnaval, les niçois n’auront pas besoin de costume pour se déguiser en tête de con. Merci pour eux.

Anthony Casanova.

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