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N°26 année 2007
Edito

La dépendance

Nous, au village, aussi, on a de beaux assassinats.   
(Brassens)

Une population peut se diviser en plusieurs castes, plus ou moins nobles, qui sont révélatrices de l’ambiance d’un pays. On peut citer les bobos qui lisent Télérama et aiment des films que personne regarde ou les beaufs qui lisent Télé 7 jours et aiment les films que tout le monde regarde. Il y a beaucoup d’autres « castes » mais j’aimerais, plus précisément, vous parler d’une d’entre elles que je nommerai sobrement : les ploucs. Qu’est-ce qu’un plouc ? Premièrement, le plouc a une similitude avec les arbres et les légumes, il a des racines et sans elles, il crève. Secondement, le plouc vit dans le plus beau trou perdu du monde et tertio, le plouc n’arrive pas à supporter les cons qui ne sont pas nés dans son trou perdu.
L’homme passe sa vie à se construire tout en oubliant qu’il va mourir. Pour se construire, il y a plusieurs recettes. La plus difficile consiste à se chercher intérieurement au moyen de la culture et de l’ouverture d’esprit pour, sans nier l’influence de notre environnement, comprendre qui on est. Par environnement, j’entends les fondements religieux de notre société, la langue, le climat puis la distance et les liens que nous entretenons avec les autres cultures. Pour le plouc, le chemin est plus rapide puisqu’il est le reflet ou la caricature de son lieu de naissance ou de son origine ancestrale. Par exemple, la Gaule pour les Français, les Vikings pour les Danois, les Ariens pour les Allemands, les Perses pour la Turquie… le plouc s’invente une identité romanesque en s’appuyant sur l’approbation presque mystique des traditions de son patelin.
Le plouc pense fortement qu’il ne peut vivre avec ses voisins car, ils ne partagent pas tout ce qui lui vaut le statut tant envié de plouc. Si le plouc possède des frontières, il est alors qualifié de nationaliste car, il milite pour la préservation de son pays contre le mélange satanique. Mais, je m’attarderai aujourd’hui sur le plouc qui n’a pas de frontière et qui crève d’envie d’en avoir ! Pour cela, le plouc réclame son autonomie, son indépendance, la reconnaissance de son origine plouc, comme on peut le faire du vin, il veut l’OPC : l’Origine Plouc Certifiée.
Le plouc, malheureusement pour lui, vit en un lieu où il ne fait pas l’unanimité. Alors pour se faire entendre des traîtres et du reste du monde, le plouc utilise les armes. Pas tous les ploucs utilisent la violence mais, ils comprennent que d’autres ploucs le fassent.

Ce n’est pas parce qu’on baigne dans une culture qu’on la « possède ». Si c’était possible, la culture ne vaudrait rien. Molière est une partie de la culture Française mais il n’est, ni ne représente, la totalité de la culture française. Le plouc rêve de son identité, de la force de celle-ci puis, il estime que sa vie doit être consacrée à la gloire de « sa » culture.
C’est en Bretagne et en Corse qu’on l’on trouve des ploucs méchants, c'est-à-dire qui utilisent des armes pour faire comprendre au reste de la population, tout aussi Breton ou Corse qu’eux, qu’ils ont tort de ne pas être des ploucs. En Corse on trouve des ploucs qui ont la courtoisie de se différencier des autres autochtones en portant une cagoule. Les Corses sont aidés géographiquement. Vivre sur une île favorise le clanisme qui est la démocratie idéale du plouc. Ils sont séparés du reste du monde par un peu de flotte donc ils se sentent différents et ont l’impression d’avoir une culture à part. A part, tout à fait, car le plouc ne peux se résoudre à vivre en sachant que sa culture est merdique. La culture du Plouc est implacablement un cadeau de Dieu. Oui, j’oublié, le plouc croit en Dieu sinon, il finirait par penser que son lieu de naissance est un hasard puis, intrigué, commencerait par étudier d’autres cultures ce qui l’expulserait irrémédiablement de la plouc attitude. Le plouc est victime de sa surestimation. Le problème n’est pas qu’il baigne dans une culture quelconque mais qu’il ne sache pas prendre du recul par rapport à celle-ci. Ce qui amène le plouc au dénigrement d’autres cultures et à ce que l’on appelle : le nationalisme ou le fascisme.

En France, les Corses ne sont pas seuls, il y a aussi les Occitans, les Chtimis, les Provençaux, les Alsaciens, les Savoyards… et toutes ces braves peuplades ont en commun une même phrase : « moi je suis pas… je suis (là arrive le nom de son patelin) ! » C’est le signe distinctif du plouc, il ne fait qu’un avec son trou perdu. Nous pouvons aussi revenir aux Bretons, braves peuples qui brandit fièrement ses origines Celtiques en nous faisant chier avec leur musique de kermesse ! J’ai horreur des polyphonies corses, mais la musique bretonne c’est incomparable, ce mélange de cornemuse et de chansons de marins me débecte, ce n’est vraiment pas croyable, qu’ils ont l’air con en faisant l’apologie du terroir… les nuits celtiques c’est à crever de rire, mais bon ce n’est pas le sujet.
Mais s’il fallait décerner la palme du plouc, ce sont les Basques de l’ETA qui seraient récompensés. Ils sont la preuve que le ridicule ne tue pas, parce que porter la cagoule du Klu klux klan avec l’immonde béret basque, il fallait l’oser ! Ils sont moches ces Basques, d’accord les gars du FLNC ils ont l’air vilains avec ces cagoules noires, mais là ! C’est un niveau amplement supérieur, si, parmi les lecteurs du Coq, il y en a un qui connaît un truffions de l’ETA, qu’il lui dise de ma part qu’il ne faut plus sortir comme ça ! Au moins par respect pour ceux qui n’ont pas la chance d’être aveugle ! Comment peut-on prendre au sérieux la revendication d’un type déguisé ainsi ? On ne peut pas, vous avez raison et c’est pour cela qu’ils foutent des bombes.
L’ETA est en passe de crever de sa belle mort qui n’a que trop tardée. Au sein de l’ETA, une branche « modérée » avait décidé d’une trêve. Mais la guerre est une drogue plus dangereuse que la cigarette et on ne jette pas les armes comme on se colle un patch, alors des dissidents ont fêté le nouvel an en tuant deux personnes.

Le plouc a une méconnaissance incroyable de l’humanité. Il pense que tel pays est cultuellement incompatible, que tel autre est trop en avance, qu’un autre est arriéré, que celui-ci a un siècle de retard… et pour se préserver de tout cela, il faut bien fermer les frontières. Or c’est tout le contraire, si par exemple, les Inuits et les Dogons semblent « en retard » aux yeux des ploucs, ce n’est pas parce qu’ils sont plus cons qu’eux. Leur capacité à s’adapter à un milieu hostile fut extraordinaire, non s’ils n’ont pas eu la même histoire industrielle que le reste du monde c’est tout simplement parce qu’on ignorerait leur existence et qu’ils ignoraient la notre. C’est l’isolement qui prive un peuple des nouveautés technologiques ou médicales. L’imprimerie, les lunettes, la poudre, l’électricité, les chiffres, la pénicilline… toutes ces inventions n’ont pu profiter aux Basques uniquement parce qu’ils n’étaient pas inconnu du reste du monde. La seule invention des basques c’est peut-être la voiture piégée… ah, non j’oubliais le béret… c’est certain, que serait devenu l’Humanité sans le béret basque ?


Anthony Casanova.

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