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Le coq des bruyères hebdo... suite
N°25 année 2007
Edito
Patrick FONT

MES PREVISIONS POUR 2007


Pardon mes frères, mais j’ai lu tant de conneries dans les horoscopes 2OO7 que je me suis cru obligé d’ajouter les miennes. J’ai consulté les astres pendant toute la semaine dernière, et le ciel parisien étant résolument gris, je n’y ai vu goutte, mais il est des choses que l’on sent pour peu qu’à la naissance, la fée Astrobelle se soit penchée sur votre berceau pour vous sucer le vermicelle, et vous dire le 1° janvier : « Bon anus et meilleurs nœuds ! »

On y va.

2007 SERA L’ANNEE DU MARIAGE. Attendez-vous à savoir que dans tout le pays, le SALON DU MARIAGE ouvrira ses portes dès le 3 janvier. Les futures divorcées pourront y choisir leurs serpillères de luxe, agrémentées de colifichets à dentelles dont l’horreur le disputera au goût de chiottes. Mais l’amour étant aveugle, sourd et con, les jeunes futures ménagères ne verront pas d’inconvénients à se couvrir d’oripeaux que même l’abbé Pierre refuse de reprendre, argumentant du fait qu’il ne faut pas se moquer des pauvres. Les joyeux couples abrutis par deux mille ans de traditions religieuses veilleront à remplir, amoureusement, les listes de mariage sur lesquelles ils mentionneront, amoureusement, avec de belles dents blanches plein le sourire,
- Le service à thé de Chine inusable quand on ne boit que du café Grand-mère. 42 tasses, 42 soucoupes, 42 cuillers,
Une théière en porcelaine de KIU-FOO-MOI TA PIN’DANL’KU, et 42 napperons à cresses de labius redessinées par Karl Lagerfeld avec ses gants de cuir fauve.
- Le tire-bouchons électronique à piles, branché sur internet, qui permet d’envoyer des mails à la famille tout en ouvrant une bonne bouteille de ce vin clairet qui vous fait oublier la famille et ses épiphénomènes : repas dominicaux avec gigot à l’ail, première communion du môme obsédé par la crèche et les montres Breitling, baptême du rôti de veau gueulard qui pisse dans les mains de sa marraine, anniversaires présidés par un ennui majuscule et dont le point culminant est le soufflages des bougies avec applaudissements à la clé. Si les Français se murgent la gueule avec tant de célérité, c’est que la vie familiale, dans 92% des cas, est d’une chianteur phénoménale au point que l’on peut se demander comment le SALON DU MARIAGE peut encore exister. Cela dit, attention les futures mariées, n’oubliez jamais qu’au sortir du salon, on trouve tout de suite la cuisine.

2OO7 SERA L’ANNEE DE LA JEUNESSE QUI SE DROGUE. Oui, car il faut bien lui trouver des défauts, à cette jeunesse qui nous emmerde sous prétexte qu’elle n’est pas encore vieille. Depuis que l’homme existe, la jeunesse est pourrie. On a trouvé, en Mésopotamie, des manuscrits sur lesquels de vieux sages estimaient que la jeunesse n’était plus ce qu’elle était. De mon temps, dans les années cinquante, nous étions, les ados, esquintés du fardeau AGE BETE. Dès qu’on pétait de travers, c’était l’âge bête qui nous chutait sur le râble. On avait beau expliquer à nos vieux que péter de traviolle était une occupation jouissive, que ça ne mangeait pas de pain, rien à faire, on était vistimes de l’âge bête, ce mal qui semait la terreur dans les escaliers de nos immeubles où nous courtisions la gueuse qui éclatait de rire quand on parvenait à lui soulever le jupon de trois millimètres.
Aujourd’hui, l’âge bête est passé de mode, sauf chez certaines langues qui ont atteint l’âge con dès la maternelle. On a trouvé plus grave, plus condamnable, plus jouissif sous le palais : la drogue chez les jeunes. De plus en plus de jeunes se droguent. Oh que ça chie à l’oreille, cette accusation lourde de jalousie ! Parce que nous les vioques, imbibés d’alcool jusqu’à la pointe du bonnet à pompon, nous on est blancs comme chèvres, hein ? On s’esquinte le cortex sur les champs de courses, on se castagne dans les stades, on a les poumons pleins de cancer, on s’entrelarde sur les routes de France, MAIS on ne se drogue pas. L’honneur est sauf et je nous encule.

2OO7 SERA L’ANNEE DU BEAUJOLAIS NOUVEAU. C’est plus noble que la drogue, avouez. Et puis, ces soirées teintée de pinard soufré sur fond d’accordéon asthmatique, c’est d’un peuple ! Mais dites-moi, ces fêtes effrénées à l’arrivée du Beaujolcouince, ne seraient-elles pas faites pour nous faire occulter le goût de la vinasse ? Car point n’est besoin d’être neunologue pour discerner en cette boisson d’avril ( jeu de mot emprunté à Martial Paoli) un relent de terroir-caisse ( idem). On dit que les Japonais raffolent du Beaujolcruche. Quoi d’étonnant pour un peuple qui boit son urine. C’est pour ça, disant les anthropologues, que les Japonais sont jaunes. Parce qu’ils boivent leur pipi. Mais alors on peut se demander ce que mangent les Africains…
(très mauvaise plaisanterie, mes copains noirs voudront bien me pardonner. Mais ils savent que j’ai pris leur défense à propos de cette pâtisserie que l’on nomme « tête de nègre ».
A cet effet je leur avais conseillé de confectionner les mêmes douceurs avec du chocolat blanc, et de les appeler « têtes de con »
.)

2OO7 SERA L’ANNEE DU CENTENAIRE DES SCOUTS DE FRANCE. Alors là, on ne ricane plus. Silence dans les rangs, je ne veux voir qu’une seule tête. Parce que moi qui vous cause, j’ai été scout. Ouais. Scout. Moi. Et qui plus est, scout parachutiste, au cours de l’hiver 1953…A Gennevilliers, sur un stade où se dressait la tour de saut. Possédé par le vertige, je n’ai jamais sauté de la tour, ni d’un avion, mais je me suis amusé à glisser, pendu le long d’un câble horizontale, pour chuter dans le sable et éxécuter le « roulé-boulé ». Pas facile, mais à force d’entraînement, je suis parvenu à la perfection. Bien m’en a pris, car depuis, j’ai su tomber correctement sans rien me casser. Un jour que je sortais du bain chez Fred Pradelle, je suis tombé en arrière, me suis retourné au cours de la chute, et retrouvé couché sur le côté, sur le carrelage. Tout ça pour vous dire que FRED ET LES MEUFS ont déjà participé à deux BARS DES VIEUX CONS, et que c’est pas fini.
Nous ne faisions pas que sauter à la tour. On faisait des ponts qui passaient sur rien, mais qui permettaient de passer dessus pour rien. Un pont inutile, c’est jouissif. Les scouts étaient passés maîtres dans l’art de faire des trucs inutiles, mais ça nous amusait bien. Sous la tente, on faisait largement les cons, s’échangeant les blagues les plus dégueulasses qui passaient sur le marché. Certes, ça manquait de filles, mais en fermant les yeux, on pouvait ouvrir ses lèvres sur la bouche d’un Petit Castor à la queue frétillante, ça mangeait pas de pain, on était heureux je crois avec nos ponts inutiles et nos amours sans lendemains. Et puis il y avait le beau foulard, qui te transformait en cow-boy, et là, j’étais au comble de l’extase ! Seul, le salut scout me paraissait déjà ridicule, et c’est un peu pour ça que j’ai quitté la patrouille. Certains détails, quand on est jeune, prennent une importance exorbitante. Non, moi mon plaisir suprême en équipe, je l’ai trouvé chez les CŒURS VAILLANTS. Parce que le foulard était orange, encore plus beau que chez les scouts, et parce que, les jeudis pluvieux, nous allions voir des films d’aventures au cinéma de Saint-Germain-En-Laye . Aussi parce qu’on défilait en chantant :

C’est nous les petits gars de France
Ecoutez nos joyeux accents
Notre nom chante l’espérance
Car nous sommes les Cœurs Vaillants.

Donc, le 1° août aura lieu le grand rassemblement des scouts ; il n’est pas impossible que j’y aille jeter un œil, avec l’espoir insensé de construire un pont sur un stade de foot.

Pardon pour cet accès de nostalgie, mais c’est à cause du solo que je prépare pour le 5 janvier à St Pierre d’Entremont, (73) et qui s’intitule « Mes adieux à la nostalgie ».

Voilà, que cet an nouveau vous apporte tout le plaisir que vous méritez !

Bisous.

P. Font.

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